Dans un entretien accordé au journal britannique « The Independent » paru le 24 octobre, le fondateur et leader d’Ennahda a défendu son parti contre ceux qui l’accusent d’être une menace pour la laïcité dans le berceau du printemps arabe. 

La veille de l’entretien, le quotidien La Presse de Tunis publiait un article de Jamil Sayah, professeur de Droit tunisien, accusant Ghannouchi de vouloir « islamiser la modernité alors que les tunisiens souhaitent moderniser l’Islam ». Selon le journal britannique, Ghannouchi « passe beaucoup de temps à tenter de convaincre ses adversaires qu’en tant que chef du plus grand parti Ennahda, il ne veut pas d’un Etat islamique en Tunisie ».

S’exprimant sur la vidéo controversée datant de mars et diffusée sur YouTube le montrant en train de discuter avec des leaders salafistes, Ghannouchi a souhaité la replacer dans son contexte: le débat sur la Charia, que les salafistes souhaitaient inclure dans la Constitution tunisienne, s’attirant les foudres des laïques. Ce débat divisait dangereusement le pays et le parti Ennahda lui-même. Ghannouchi, qui rentrait en Tunisie après 20 ans d’exile au Royaume-Uni pour participer à la révolution, devait donc réagir « avec force ». Il entama une série de rencontres avec les salafistes pour leur expliquer que l’interprétation de la Charia n’était pas claire pour de nombreux tunisiens. « Elle était perçue, dit-il, comme allant à l’encontre des droits de la femme, des droits de l’Homme, de la liberté et de l’égalité des sexes ».

« Je voulais leur rappeler (les salafistes) qu’ils avaient obtenu leur liberté grâce à la révolution et qu’ils devraient désormais agir dans la société par le biais d’organisations, dans les mosquées, par des œuvres de charité et des actions associatives. » Ghannouchi souhaitait également leur rappeler la situation en Algérie dans les années 1990 à l’époque des islamistes. «Je voulais les mettre en garde contre le fait de sous-estimer leurs adversaires et ne jamais se fier à leur nombre», a-t-il précisé.

Interrogé sur l’attaque de l’ambassade U.S. et d’une école américaine à Tunis le 14 septembre par des manifestants salafistes, durant laquelle 4 personnes furent tuées, 70 blessées et 140 arrêtées, Ghannouchi a déclaré qu’ils n’étaient pas tous salafistes et qu’il y avait également des criminels parmi la foule.

Il a tout de même ajouté que selon lui, « Ennahda n’est pas assez islamiste pour les salafistes », même si certains en Tunisie affirment le contraire. C’est donc à ce titre que Ghannouchi a choisi d’agir avec eux d’une manière démocratique, car « la démocratie ne se limite pas à constituer un outil de gouvernance, mais également un outil d’éducation et d’encadrement » a-t-il expliqué.

Le leader d’Ennahda ne pense pas que les révolutions arabes puissent faire marche arrière, ne manquant pas d’affirmer que ses adversaires rassemblent des tenants de Ben Ali et souhaitent un retour vers ses pratiques. Concluant en disant que son parti avait besoin de temps, il a rappelé que les européens n’avaient pas acquis leur liberté du jour au lendemain.

 LS

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