Préfacé et savamment documenté par Gilles Manceron, le travail courageux de Paulette et Marcel Péju montre à travers des témoignages, l’étendue de la répression du 17 octobre 1961.

Paulette Péju a  publié, dès  juillet 1961, aux Editions Maspero, Ratonnades à Paris, suivi des harkis à Paris. Un mois après sa parution, son livre brûlant est aussitôt retirer de la circulation. Ce livre infâme, rédigé par deux auteurs infâmes, clamait Michel Debré à la tribune de l’Assemblée Nationale.

Renonçant au silence, Gilles Manceron a publié La triple occultation d’un massacre accompagné du 17 octobre des Algériens de Marcel et Paulette Péju, aux Editions la Découverte, en octobre 2011.

On apprend qu’un système  répressif extrajudiciaire est mis en place par Maurice Papon. Nommé forces spéciales antiterroristes (BAV), fille de la brigade nord-africaine qui a collaboré durant l’occupation  avec les nazis, il séquestre, torture et assassine.  L’immigré algérien est totalement à la merci de ce système.

La création d’une autre organisation de la mort, fondée le 25 novembre 1959, sur décision de Michel Debré, alors Premier ministre, repose sur le rapport de Maurice Papon, intitulé Destruction de l’organisation rebelle dans le département de la seine. Une solution. La seule !

Une unité, « la brigade Z », multiplie les raids quotidiens. Raymond Muelle, installé au Fort de Noisy-le-Sec, rapporte en s’amusant, le propos d’un de ses collègues ; l’inspecteur Montaner : Alors ça y est ! Tu l’as, ton armée privée !  Gilles Manceron ajoute que Constatntin Melnik, conseiller du premier ministre, racontera que Raymond Montaner fera exécuter Rachid Khilou, un meurtre dont Muelle se vantera.  Le 21 mai 1959, l’un des avocats du FLN, Me Amokrane Ould Aoudia est assassiné par un policier. L’affaire se conclura par un non-lieu.

Quatre cent mille travailleurs algériens souffrent de l’oppression coloniale, victimes d’affaires non instruites, de coups et d’humiliation.  Des cas de noyades, de pendaisons, d’assassinats sont signalés bien avant ce fameux octobre 1961.

Rémy Valat écrit que les plasticages commis à Paris dans les nuits des 14, 16 et 17 septembre contre un restaurant de la rue Pajol, un café du quai Louis-Blériot, et un établissement du passage Montgallet, l’ont été par des membres de la Force de police auxiliaire, plus communément appelée les harkis de Paris, en connivence avec l’OAS.

La manifestation du 17 octobre 1961 avait pour objectif de contester le couvre-feu imposé aux Algériens par  les autorités françaises, ainsi que de dénoncer  les violentes répressions des forces de l’ordre. Mais ce jour-là, selon Jim House et Neil MacMaster , le nombre d’algériens tués est supérieur à celui de la répression meurtrière de Tiananmen en 1989. La police et la presse sont, quant à elles, évasives sur le nombre de mort.

Jacques Fauvert écrit que  c’est le terrorisme musulman qui est à l’origine de ces drames , disculpant ainsi les crimes de l’Etat français. Ce même terrorisme, qui aujourd’hui a tourné à l’islamisme serait-il donc toujours coupable ?

Depuis, un nettoyage de certaines archives a été fait. Certaines sont définitivement inaccessibles. Einaudi a relevé, écrit Gilles Manceron, que la brigade fluviale avait procédé à la destruction des siennes. Et en 1999, la commission d’enquête dirigée par Jean Géronimi, a constaté que tous les dossiers d’instruction de plaintes par des Algériens et classés sans suite de l’année 1961 avaient été détruits.

Extrait d’un témoignage :

L’eau froide de la Seine était à deux mètres. On ne pouvait pas bouger, nous avions deux visions hallucinantes, le canon de la mitraillette et l’implacable eau froide. Un des policiers a levé la matraque et commençait ses sévices. Il nous matraquait dans l’espoir de nous faire perdre connaissance pour couler plus vite et avoir une mort plus certaine. Dans un suprême élan de conservation, le frère algérien et moi, nous sommes enlacés et nous avons invoqué nos mères et Dieu à notre secours. Le policier, fou de haine et voyant que nous étions solidaires même devant la mort, a porté un coup de matraque si terrible, oui, si terrible, que le cerveau de mon pauvre compagnon m’a éclaboussé la figure. Je n’ai pu entendre qu’un râle d’agonie, le frère martyrisé est mort dans mes bras. 

Marcel et Paulette PEJU, Le 17 octobre des Algériens, suivi de La triple occultation d’un massacre, par Gilles MANCERON, Editions LA DECOUVERTE.


Jim House enseigne à l’Université de Leeds où il dirige le Centre d’études culturelles françaises et francophones. Auteur avec Neil Mac Master de : Paris 1961 : les Algériens, la terreur d’Etat et la mémoire, Editions Tallandier, 2008.
Neil Mac master, Revue d’histoire 2004, La Fédération de France du FLN et l’organisation du 17 octobre 1961.
Rémy valat, Les calots bleus et la bataille de Paris, Editions Michalon, 2007.
Jean-Luc Einaudi, Octobre 1961, un massacre à Paris, Editions Pluriel, 2011.

Fadéla Hebbadj

Notez cet article