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Par Djalal Firas FERHAT

Aucune issue à la tragédie syrienne n’est en vue après plus de 18 mois de violence, l’armée et les milices du régime de Bachar Al-Assad écrasent toute une population, mais le tyran de Damas peut encore compter sur des zélateurs plus au moins déclarés en Syrie et surtout à l’étranger.

Plus de 26.000 morts selon l’observatoire Syrien des droits de l’homme, en majorité des civils depuis le début de la révolte il y a près d’un an et demi, autant, sinon plus de disparus, un nombre impressionnant de blessés graves et d’handicapés à vie, des dizaines de milliers d’emprisonnés dans les geôles de la république arabe et pour clore cette macabre comptabilité et selon l’ONU, il y a au moins 1,2 millions de déplacés en Syrie et près de 300.000 réfugiés officiellement enregistrés dans les pays voisins et les pays arabes.

Des villes bombardés par l’armée de l’air durant même le jour saint de l’aid n’épargnant ni les femmes ni les enfants en bas âge….et, malheureusement il se trouve encore et parfois chez nous en Algérie, des personnes et des soutiens au régime mercenaire de la famille des Al-Assad.

De par leurs expertise autoproclamées en géopolitique, ils considèrent la révolution en cours comme un plan général, élaboré dans les laboratoires israélo-américain, financée et médiatisée par le duo Qatar-Arabie saoudite contre la « sœur » résistante.

Usant d’une vieille rhétorique, ils dénoncent les manœuvres de l’impérialisme, les salafistes infiltrés du Liban, oubliant que les islamistes modérés à la tête des Etats Arabes sont les nouveaux missionnaires de l’occident en l’absence de démocrates populaires et que la révolte en Syrie n’est que le prolongement naturelle de l’acte hautement symbolique et historique d’un simple vendeur de légume à la sauvette de Sidi Bouzid en Tunisie, feu Mohamed El Bouazizi pour le nommer.

Mais la providence ne les effleure jamais de se poser la question si les Syriens sont bien traités chez eux et bien gouvernés par le populisme grandiloquent du parti inique et ses satellites «  chabiha » du Baas, s’ils ont ou non des raisons valables de se révolter et qui sont exactement ces manifestants, jeunes et moins jeunes, qui n’ont cessé depuis presque deux ans de braver les militaires surarmés du régime et ses régiments d’élite.

C’est l’une des principale caractéristique du régime en place à Damas que d’avoir fondé toute sa légitimité régionale et internationale sur l’occultation politique de son propre peuple et sur la délégitimation de ses griefs et revendications.

Durant les deux terribles décennies 1980 et 90, toute la politique de Hafez al- Assad se résumait à ces deux objectifs, destinés à pérenniser son pouvoir : convaincre l’occident et les puissances régionales qu’il est incontournable et faiseur de stabilité et convaincre les Syriens qu’ils sont, eux, quantité méprisable, négligeable, qu’ils ne doivent pas exister et que leur pays et un grand commissariat du silence et de la peur.

 Au même moment le « Rais » omnipotent et omniprésent, achevait la consolidation quasiment impériale de son régime despotique.

Vers la fin des années 90 vint le tour du  sinistre fils Bachar de prendre le pouvoir, réglant ses pas sur ceux de son père sur le modèle familial et clanique et occupant son propre pays à la manière d’une puissance étrangère.

C’est pourquoi il n’a jamais voulu dans le passé- ni pu s’il l’avait vraiment voulu sous la pression des évènements- procéder à une seule réforme digne de ce nom et c’est pourquoi il n’acceptera jamais dans l’avenir proche quoi qu’en pensent les Russes et les Chinois, d’engager un dialogue plus ou moins réaliste (au vu de l’équilibre des forces avec l’armée libre) avec son opposition la plus molle.

N’en déplaise aux laudateurs de Hassan Nassr Allah, le chef du Hizbollah Libanais, qui s’est enthousiasmé pour le simulacre du référendum à la nouvelle constitution et qui à déclaré le jour même que la Syrie est pacifié et que rien de grave ne se passait à Halab ou à Homs.

Tout cela pour dire que les Syriens, longtemps humiliés et offensés, tantôt au nom de la résistance, tantôt de la stabilité régionale qui serait leur a-t-on expliqué, dangereusement menacée s’il leur prenait l’envie de bousculer leur éternel «  Rais », méritent qu’on les voit enfin tels que victimes et qu’on les entende.

On constaterait alors qu’ils ont toutes les raisons du monde de se révolter, que le régime qui les opprime depuis plus de 40 ans et l’un des plus calamiteux du monde, et on finirait par comprendre que c’est sa survie, et non pas sa disparition, qui risque de mettre le Proche-Orient tout entier à feu et à sang.

En Juin 2012 la porte parole du Département d’Etat américain, Victoria Nuland, a mis en garde les autorités syriennes : «  Nous tenons à rappeler aux gradés syriens une des leçons apprises en Bosnie : la communauté internationale peut découvrir quelles unités sont responsables de crimes contre l’humanité et vous serez tenus responsables de vos action. »

A la suite des évènements au Rwanda et en Serbie, le secrétaire général de l’ONU de l’époque, Kofi Anan, avait créé une commission internationale pour proposer des recommandations sur les moyens de réconcilier le principe d’une intervention humanitaire avec l’article 2.7 de la charte de l’ONU, qui garantit la compétence nationale des Etats membres.

Cette commission a conclu que les Etats ont la responsabilité de protéger leurs citoyens et devraient être aidés en cela par des moyens pacifiques, mais que, si un Etat devait ignorer cette responsabilité en s’attaquant à ses propres citoyens, la communauté internationale pouvait envisager une intervention.

L’idée d’une « responsabilité de protéger » (R2P) a été adoptée à l’unanimité au sommet mondial de l’ONU en 2005, mais certains évènements survenus depuis démontrent que tous les Etats membres n’interprètent pas cette résolution de manière identique, d’où le dilemme de l’intervention militaire en Syrie et la préférence de l’issue diplomatique à la crise.

Mais prudence ne veut pas dire que rien ne peut être fait en Syrie, Lakhdar Ibrahimi peut continuer de tenter de convaincre la Russie et la Chine que leurs intérêts seraient mieux servis en se débarrassent du régime actuel, plutôt que de laisser ses opposants s’enliser dans la radicalisation ou dans une guerre civile confessionnelle, Brahimi peut aussi agiter l’arme de la menace à la Victoria Nuland ou à la R2P.