Le Coran nous relate cet épisode lors duquel le peuple de Moussa (PBSL), alors que celui-ci s’était absenté pour recevoir les Tables de la Loi, s’est perdu dans les méandres de la luxure. Lorsque l’on regarde l’Algérie de cette dernière décennie, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle.

Dans notre cas, le guide qui nous a laissé n’était pas un homme. Il semblerait en effet qu’aucun chef d’Etat, à l’exception relative de Houari Boumediene, n’ait voulu jouer ce rôle de guide moral de la nation.

Notre guide c’était les valeurs qui cimentaient notre société, celles de nos lointains ancêtres, celles qui avaient permis à notre peuple de ne pas totalement céder face aux tentatives du colonisateur de faire de nous un peuple sans valeurs propres et sans histoire[1]. Mais voilà, il aura fallu que l’or noir coule à flot pour que nous décidions d’y noyer ce qu’il restait de ces valeurs, faisant désormais de nous des adorateurs de l’argent facile.

Au sortir de la décennie noire, tous les espoirs étaient permis, nous pensions en effet que cela nous servirait de leçon à tous, régime et peuple. La demande de « rahma », certes des plus douloureuses, qui nous a été faite, nous l’avons acceptée. Avions-nous le choix ? Peut être pas, car il fallait mettre fin à cette guerre fratricide qui nous avait usés, meurtris au plus profond de nos chairs. Trop de mères algériennes avaient perdu leur enfant, trop de femmes leur mari et d’enfants leur père. Il fallait en finir, c’est un fait.

Le pardon sonnait comme une valeur noble pour marquer un nouveau début pour notre pays. Peut être que si la malédiction du pétrole ne nous avait pas de nouveau frappés, nous aurions eu le courage, collectivement, de nous attaquer aux vrais problèmes de notre société, et commencer enfin à exploiter ce potentiel qu’on nous envie tant. Peut être que nous aurions su retrouver le chemin de nos valeurs, celles que nos ancêtres se sont transmises à travers les âges et auxquelles nous avons tourné le dos.

Comment expliquer que nous soyons si malheureux alors que l’argent coule à flot ? Dans notre cas, le fameux adage « l’argent ne fait pas le bonheur » nous apparaît comme une réalité amère. L’argent seul ne suffit pas. C’est sa combinaison avec des valeurs fondamentales comme le travail, l’effort, le mérite, l’honnêteté et la confiance qui conduit à le transformer en véritable source de richesse. Or ces valeurs nous font cruellement défaut. Dieu nous a peut être maudits, mais qu’avons nous bien pu faire ?

Notre pêché réside dans le fait que nous avons choisi de reléguer au second plan les valeurs morales de notre religion pour nous abandonner à l’adoration de l’or noir. Nous avons opté pour l’enrichissement rapide et sans peine, celui qui peut se délester de la sueur et de la morale.

Le matérialisme à tout prix, l’appât du gain rapide et facile, voilà ce qui occupe nos esprits. Nous condamnons un régime en adoptant les même comportements que lui et en adorant la même chose que lui, l’argent. Après tout, Le Prophète (PBSL) n’avait-il pas dit que la fitna de la communauté des musulmans était l’argent.

Chacun cherche le chemin vers le saint Graal, qui lui permettra de trouver le bon contact, le bon relai dans le système pour avoir sa part du butin.

Après avoir pris le maquis, les islamistes ont troqué leurs armes contre des prébendes dans le commerce informel, et après avoir reçu un peu d’argent pour se réinsérer dans une société déstructurée, comble de l’ironie.

Et, emportés dans notre adoration, nous nous glorifions d’une autoroute, de logements, et bientôt d’une mosquée, construits par des étrangers, avec une main d’œuvre étrangère, à coups de milliards. Il n’y a aucun pays en développement comme le nôtre, qui regorge de main d’œuvre et qui importe pourtant des travailleurs. Cette idée devrait nous faire honte, mais au contraire, nous continuons à clamer notre richesse et à demande notre part de la rente. L’ironie du sort c’est que ce seront nos jeunes chômeurs qui iront se recueillir dans la grande mosquée construire par des individus qui, eux, adorent le « Travail ». Sauraient-ils mieux que nous ce que Dieu nous a dit, le travail est adoration.

Nous sommes dans l’égarement total, voués collectivement à une adoration de l’or noir. Il nous apparaît comme notre protecteur ultime, le pourvoyeur de tous nos bienfaits. L’essentiel est qu’il coule à flot, et d’ailleurs nous nous comportons comme s’il était éternel. L’or noir est notre veau d’or, l’objet d’adoration que nous avons substitué aux commandements de notre créateur, et les conséquences de cet égarement seront terribles. Tôt ou tard, nous nous rendrons compte de nos erreurs, et notre peuple commencera une longue traversée du désert, connaissant soif et faim et errement moral.