Quelle nouvelle fatwa saugrenue va encore alimenter les polémiques autour du sexe dans l’islam ? L’année dernière, le mufti Abdelbari Zamzami a déclaré qu’il était licite ou hallal d’avoir un rapport sexuel avec le cadavre de sa femme, s’il est encore chaud. Justifiant ce geste par le besoin de « dire adieu ». Aberrant ? Le mufti, figure religieuse importante et écoutée ramène la religion à ses questionnements : qui écouter ? Comment savoir si telle ou telle pratique est hallal ou haram ?

C’est sûr, Zamzami contourne tous les tabous en abordant des sujets pareils, au même titre que sa fatwa sur l’utilisation des objets sexuels pour prévenir l’infidélité. Cependant, ces avis qui émanent de partout et embrument les croyants pour leur choix dans leurs comportements sexuels afin d’être en accord avec la religion.

Alors que les muftis et autres cheikhs ont le droit librement de la sexualité de millions de personnes, la société musulmane refuse d’en parler, de soulever l’interdit culturel. Les dangers ? Découvrir tardivement ce qu’est cet acte, prendre des risques inutilement parce qu’un religieux nous a autorisé telle ou telle pratique sexuelle mais nous a interdit de nous protéger sexuellement parce qu’il est indispensable de se reproduire.

Parler de santé sexuelle c’est compliqué. En Algérie comme dans n’importe quel pays musulman, mais c’est une nécessité. Combien d’entre nous savons de quelle manière se transmettent les MST, comment s’en prémunir ? Combien d’entre nous savons que des visites régulières chez un gynécologue sont indispensables ? A trop parler de ce qui est licite ou illicite, on oublie de parler de la santé sexuelle, qui n’est définitivement  pas une priorité en Algérie.

Au-delà de la santé, taire la sexualité entraîne des comportements inappropriés : la frustration sexuelle, danger pour les hommes et les femmes. Elle va jusqu’à créer des violences au quotidien de la société algérienne. L’éducation sexuelle sera alors faite avec des films qui déforment la réalité et et la mentalité de plusieurs générations d’Algériens.

 Et pourtant la sexualité fait partie des besoins premiers de l’homme, au même titre que la nourriture et la boisson. C’est un instinct naturel qui ne peut être que guidé que par la conscience propre des individus, en accord avec leurs convictions.

Les dignitaires religieux doivent-il s’inviter dans la chambre à coucher  sans penser aux conséquences de leurs déclarations? Si le Coran énonce des principes simples en termes de sexualité, pourquoi les hommes ajoutent peu à peu leur loi et essayent de l’imposer ? A qui revient le choix ?

A chacun. La sexualité n’est pas qu’une question de mariage ou de règles à respecter. C’est une question d’échange, de relation entre les individus, bref, une question de société.