Et le bras d’honneur des corrompus ?

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Qu’on s’en désole ne changera rien à l’affaire. C’est un fait : la corruption s’est banalisée chez nous en Algérie. La tchipa est devenue une culture qui s’est enracinée profondément dans les esprits des Algériens. Désormais, aucun scandale de corruption, quelque soit son ampleur, ne choque l’opinion publique ! Les corrompus, et les corrupteurs, nous adressent régulièrement leur bras d’honneur et nous, on ne trouve plus rien à y redire.

Tout est devenu banal. Ces derniers jours les révélations ont meublé les colonnes de la presse nationale. Les noms de ministres en poste au gouvernement et d’autres qui dirigent des partis historiques ont été cités et accablés. Des sommes faramineuses ont été détournées. Mais face à ce déluge de scandales, personne n’a bougé le petit doigt. À peu près partout en Algérie, les citoyens perdent à la fois leur capacité d’indignation et leur sens des valeurs. Dans les discussions des cafés, on entend presque des Algériens qui défendent ces voleurs et dilapidateurs de deniers publics.

« Ils ont raison. Tout le monde vole pourquoi pas eux aussi ? ». « Celui qui goûte au miel, en redemande toujours », voici les phrases qui reviennent souvent sur les lèvres d’un bon nombre de nos concitoyens pour lesquels les corrompus sont presque des héros. Des exemples à suivre car on ne peut pas garder en permanence une caisse sans qu’on y glisse de temps en temps la main pour soutirer quelques billets. Ce réflexe est-il devenu pavlovien en Algérie ? La question ne se pose même plus puisque la tchipa s’est transformée en un régulateur des rapports sociaux. Pour un rien, il faut sortir de sa poche un billet. Un extrait de naissance, un document pour le passeport, un retrait de permis, une candidature pour un concours, etc. La corruption impose toujours son diktat et fait office de loi.

Perte de repère. Déficit de légitimité des autorités. Trop ceci, pas assez cela… On a tout dit et son contraire.  Mais la réalité quotidienne distille sa propre vérité. Celle que nous les algériens, nous ne voulons pas reconnaître : la corruption est en chacun d’entre nous. A présent, elle fait partie de nos mœurs. Nos comportements quotidiens, notre mode de vie, nos réactions envers le monde extérieur, nos attitudes dans la sphère familiale et professionnelle, tous ces éléments concluent à une crise morale majeure. Avec risque d’issue fatale.

Malgré les bonnes volontés de certains acteurs, les dispositifs législatifs mis en place, les conventions et traités internationaux signés par l’Algérie, la corruption, ce mal qui ronge notre âme, a la peau dure et continue de parasiter notre vie en la réduisant à une série de scandales qui se succèdent…

Abderrahmane Semmar