La société algérienne n’a pas encore fait sa révolution sexuelle. Parler, prévenir, s’informer sur la sexualité reste encore un tabou, lié non seulement à la religion mais surtout aux traditions, toujours très ancrées.

Le manque d’éducation sexuelle est à la base de ce tabou sociétal. D’après un sondage qui date de 2010 pour le journal  Le Temps d’Algérie, 80% des Algériens pensent que l’éducation sexuelle est importante et la même proportion estime que la société ne lui donne pas d’importance.

Mais à qui revient le rôle d’éducateur ? Actuellement, 45% des hommes reçoivent une éducation sexuelle de leurs amis contre 22% des femmes, qui la trouvent en majorité au travers de « recherches personnelles ». Seuls 10% des Algériens disent être initiés à la sexualité à l’école.

Ce manque cruel dans le pays se traduit de diverses façons. Il se traduit d’abord par un manque d’informations sur presque tous les points de vue. A chaque génération, les jeunes gens devinent et improvisent leur comportement sexuel.

Plus grave que cela, le manque d’information sur la contraception et sur les maladies sexuellement transmissibles provoque grossesses indésirées et transmission de maladies. Lorsque celles-ci surviennent, le tabou est renforcé par la peur qu’éprouve les individus à parler de ce qui leur arrive.

Le débat autour de la contraception

Selon l’Association algérienne pour la planification familiale, près de 60% des algériennes ont pris la pilule pendant l’année 2008, contre 10% pendant les années 1960. Les Algériens souhaitent de plus en plus décider du moment où ils auront un enfant comme l’explique le Dr Abadlia « les Algériens cherchent d’abord la qualité de vie puis les enfants. » Malgré cela, 40% d’Algériennes de plus de 18 ans restent sans contraception, ce qui a forcément des impératifs sur leur sexualité.

Comme le rappelle le Dr Nassera Keddad, directrice de la population au sein du ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, la contraception n’est pas une préoccupation exclusivement féminine : « il faut absolument, à côté de l’éducation, rendre disponible le préservatif en Algérie, parce que ça permet de prévenir les grossesses non désirées, mais également se prémunir du sida et des infections sexuellement transmissibles (IST)».

Les IST : comme si elles n’existaient pas

Le manque de données sur le infections et maladies sexuellement transmissibles en Algérie est frappant. Une étude a toutefois été menée sur les patients du cabinet de dermatologie du Dr Khedim à Tlemcen pendant un semestre. Sur l’ensemble des malades d’une IST ou MST, 81% sont des hommes et 19% sont des femmes.

Jusqu’à maintenant, un seul moyen est quasi infaillible face à ces maladies : s’informer et se protéger.