Après les dernières révélations de la presse sur des affaires d’une extrême gravité, corruption généralisée, dépenses extravagantes de l’État, gaspillages des richesses, on se serait attendu à des réactions à la mesure de ces crimes commis contre les intérêts suprêmes de l’Algérie. RIEN.

Aucune Indignation digne de ce nom pour relever la tête et dire que nous sommes un peuple décidé à se faire respecter. RIEN.
Aucune manifestation sérieuse, ni action collective des Algériens exaspérés de ce qu’on fait de leur vie, de leurs droits et de leurs richesses. RIEN.
Aucune coalition d’avocats et de juges rattrapés in extrémis par quelques relents de leurs serments. RIEN.
Aucune intervention non plus du côté des militaires qui ont juré de défendre les intérêts suprêmes de la nation algérienne. RIEN.
Aucune mobilisation massive capable de faire renaître la passion dans le cœur des gens motivés par des militants, des intellectuels, des politiques, tous unis sous la bannière de l’honneur et de l’intégrité pour la défense de ce peuple trahi, de ce pays dévasté. RIEN.

Si personne n’attend rien des « députés » qui ont tout cautionné, dérives du régime et désarroi des populations, l’attente vis-à-vis des autres Algériens, choqués par toutes ces révélations, est plus que légitime. Elle est normale pour toute personne douée de raison et de conscience pour mettre un terme à la gabegie criminelle qui entraîne l’Algérie dans une dérive sans fond. Et sans retour.

Ce n’est pas sérieux que dans certains milieux « politiques » on parle de fatalité. J’ai entendu une personnalité dire « ne rien espérer d’autre qu’un secours divin ». À les entendre, les Algériens sont incapables de défendre leurs droits. Dieu seul pourrait venir à bout de cette mafia au pouvoir qui tient d’une main de fer le pays et pourrit à sa guise le peuple en l’aspergeant d’un flot de pétrodollars pour mieux l’asservir. C’est désolant et lamentable de se sous-estimer à ce point ! On n’a pas le droit de parler ainsi quand on dispose de moyens pour s’exprimer et lutter pour ses droits comme c’est le cas en Algérie. Qu’on le veuille ou non, les moyens existent, ce sont les leaders qui manquent.

C’est plus facile de pousser les gens à détourner les yeux de cet immense gâchis du régime pour pointer le doigt sur une éventuelle menace étrangère. Ou encore, crier sur tous les toits que ces révélations ne concernent qu’une guerre de clans au pouvoir, histoire d’en minimiser l’impact. Une telle hypocrisie n’a d’égal que la dévastation de l’Algérie sous la houlette d’un pouvoir qui a non seulement désespéré le peuple en marginalisant sa jeunesse, mais n’hésite pas à hypothéquer jusqu’à l’avenir des générations futures.

Je ne crois pas qu’il existe un seul pays au monde, disposant de l’histoire de l’Algérie, de son CAPITAL humain et matériel, qui vive pareille anarchie, pareille impunité, pareille injustice et pareil gaspillage de ses richesses. Peut-on avoir conscience de tout cela et ne pas s’en indigner? Qu’est-ce qui peut expliquer qu’un peuple aussi bouillant et au fait de ce qui se passe dans le monde accepte de subir le mépris d’un régime aussi corrompu, qui a fait de la malfaisance et du mensonge sa marque de fabrique.

Je vis dans un pays où toute la société s’est mobilisée pour envoyer devant la justice des fonctionnaires soupçonnés et/ou incriminés dans des affaires de corruption. Comparé à l’Algérie, leurs méfaits sont des goûtes d’eau, mais ici, au Québec, le peuple conscient de ses droits demande des comptes. Pas question d’impunité pour ceux qui profitent de l’argent public. C’est ainsi que ça se passe dans les États de droit. Le peuple exerce un contrôle sur ses gouvernants (élus comme fonctionnaires). Les médias, les députés, les vérificateurs généraux, les services fiscaux, autant de moyens pour que ces gouvernants restent dans le giron d’une intégrité minimale. C’est pourquoi dans ces pays, les membres du gouvernement et autres élus ne deviennent jamais milliardaires par leurs fonctions.

Quand donc, les Algériens pourront-ils accéder à cet État de droit et exercer un contrôle sur ceux qui parlent et décident en leur nom? C’est la seule façon pour un peuple de retrouver le sens de la dignité et du respect. Le respect des autres, bien sûr. Mais plus encore, le respect de SOI.

Tribune de Zehira Houfani Berfas, écrivaine.