L’historien Benjamin Stora, professeur à l’université Paris 13 et spécialiste de l’histoire coloniale de l’Algérie revient sur les attentes des Algériens sur la construction de l’histoire commune enter les deux pays. Dans un entretien accordé à l’AFP, il estime que chez les Algériens il y a « une exigence de vérité » notamment chez les jeunes.

A deux jours de la venue de François Hollande à Alger, Benjamin Stora revient sur l’un des enjeux cruciaux de cette visite : les questions mémorielles.  Pour l’historien, il est évident que l’Algérie attend beaucoup du chef d’état sur la reconnaissance de certains pans de cette histoire compliquée. « Il y a à la fois des calculs politiques des dirigeants mais aussi une opinion publique qui, maintenant, est concernée par cette question-là. […] Cela ne veut pas dire que les Algériens ressassent le passé de façon permanente. Mais dans la jeunesse notamment, il y a une exigence de vérité. Dans le même temps, beaucoup de gens disent: maintenant il faut aussi avancer », explique-t-il à l’agence de presse.

Reconnaître les exactions

L’attente n’est pas portée sur la question de « repentance » qui n’est en aucun cas une notion développée en Algérie, d’après l’historien, mais porte sur un éclairage de certains évènements, notamment les exactions commises par l’armée coloniale.  « Le problème, c’est qu’il faut cibler quel type d’exactions. Cela a été fait pour Sétif et Guelma et récemment, pour la répression à Paris de la manifestation du 17 octobre 1961. Une prise de position de François Hollande allant dans ce sens est attendue en Algérie », analyse Benjamin Stora.

Depuis 2005, des visites officielles sous le signe de la mémoire

« Ces questions mémorielles ont pris beaucoup d’importance depuis 2005 qui a marqué le grand tournant. Avant, ce préalable n’était pas aussi vivement posé dans les rencontres officielles franco-algériennes mais, depuis l’adoption en 2005 de la loi sur la colonisation par l’Assemblée nationale française (dont un article très controversé puis supprimé en 2006 évoquait « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord »), les enjeux de mémoire ont pris une grande place en Algérie », explique l’historien.

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