Les Pieds-Noirs exigent de l’Algérie la restitution de leurs biens immobiliers datant de l’époque coloniale. Les anciens colons exercent mêmes diverses pressions sur le gouvernement algérien pour l’obliger à faire des concessions sur cette délicate question. Mais pour l’heure, les autorités algériennes ne semblent pas vouloir accorder, comme le réclament les Pieds-Noirs, des compensations demandées sur les éventuels biens que les anciens colons posséderaient encore en Algérie. Le bras de fer est donc engagé.

Lors d’une conférence de presse animée lundi à Alger, le directeur général des Domaines de l’Etat, Mohamed Haimour, a expliqué que les Français n’ont désormais aucun bien Algérie. Ces biens que réclament certains Pieds-Noirs, n’existent pas. «Ils ont été versés dans le domaine privé de l’Etat», a expliqué ainsi le premier responsable des Domaines en Algérie. Ce dernier a précisé, cependant, que des cas individuels pourraient exister. Il s’agit surtout de cas de ressortissants français ayant vendu des biens à des Algériens. Ceci dit, ajoute Mohamed Haimour, il a été recensé en Algérie pas moins de 24 300 biens immobiliers appartenant à des étrangers de différentes nationalités. Cela va d’immeubles à diverses assiettes foncières. Il faut préciser qu’à la lumière de la visite du président François Hollande en Algérie, certains anciens Pieds-Noirs réclament «des biens» qu’ils auraient laissés en Algérie. Or, la situation est litigieuse à cause notamment de l’existence de plusieurs propriétaires dans certains cas, et de la nationalisation de beaucoup de biens vacants par l’Etat algérien juste après l’Indépendance.

 La nationalisation n’a pas réglé le problème

Toutefois, cette nationalisation n’a pas empêché pour autant que des anciens colons récupèrent leurs biens immobiliers. Récemment, une affaire de ce genre a défrayé la chronique. En effet, le fils d’un ancien sénateur et colon français, Saïeh Mneouar, apparemment d’origine musulmane, a réussi à obtenir du wali de Chlef, Hocine Ouadah, actuellement en poste à Relizane, la restitution des terres agricoles, pourtant nationalisées en 1963. Il s’agit, en plus, d’une énorme superficie dépassant les 197 hectares.

Et pourtant, au début, la Justice avait débouté le fils de l’ancien sénateur décédé à Nice en 1982. Cela n’a pas empêché le wali et le Directeur des Affaires agricoles de rendre une décision, datée de 2000, restituant les biens au fils du sénateur français. Il est à souligner que, contrairement à ce que l’on pense, des cas de ce genre sont légion. A la fin des années 1990, la wilaya de Béjaïa était obligée de payer des milliards de centimes à l’ancien Bachagha, Ben Ali Chérif, en contrepartie de l’utilisation de terrains qu’il réclamait dans la commune d’Akbou et Ichelladhen. En plus de ces sommes astronomiques, payées en remboursement des installations publiques construites sur ces terrains, l’ancien supplétif de l’administration coloniale a récupéré des dizaines d’hectares de terres agricoles et d’oliviers. Des dizaines d’anciens « propriétaires » ont ainsi été dépossédés. Ces derniers sont redevenus salariés après avoir été des exploitants. Sauf que, contrairement aux enfants de l’ancien Bachagha qui disposent des actes de propriété, les habitants de la région –qui ont eu la chance de garder les habitations- n’avaient aucun document justifiant la possession de ces terrains. C’était cette faille que la famille Ben-Ali Cherif avait exploité.

D’autres cas sont signalés un peu partout dans le pays. A qui la faute ? Aucun responsable de l’Etat algérien n’a encore fourni une réponse précise à cette question alors que les autorités françaises deviennent de plus en plus insistantes sur un problème, pourtant, réglé lors des accords d’Evian.

E. W.  

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