L’homme d’affaires Isaad Rebrab est déçu. Il est même très déçu. Les réactions des autorités algériennes et leur mode de gouvernance le laissent pantois. Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, l’entrepreneur le plus célèbre en Algérie a confié que les Pouvoirs Publics privilégient des investisseurs étrangers au détriment des opérateurs locaux. 

Pour étayer ses propos, l’homme d’affaires et patron de Cevital, le premier groupe privé en Algérie, est revenu sur le fameux projet sidérurgique de Bellara  pour lequel le gouvernement a préféré des investisseurs qataris à Cevital.  « Le projet a finalement été accordé à des Qataris. Cevital avait pourtant déposé le dossier au Conseil national des investissements, qui l’avait approuvé, trois ans avant les Qataris. Nous avions l’intention de mener un projet de 5,5 millions de tonnes d’acier sous toutes ses formes. Que ce soit pour l’automobile ou toute autre utilisation industrielle. Quand j’ai été voir le ministre de l’Industrie de l’époque, la moitie avait été attribuée aux qataris, l’autre moitié à Renault. Puis Renault s’est désengagé. Nous avons donc demandé au nouveau ministre de nous donner le reste. Il a refusé. Je n’explique pas ce refus de l’État », a révélé à ce sujet Isaad Rebrab qui pointe du doigt le déficit de confiance qui existe en Algérie entre les autorités et les  opérateurs privés.

« Si on ne remplace pas le mot méfiance par le mot confiance, le pays ne pourra jamais s’en sortir », a-t-il indiqué à ce sujet tout en déplorant « l’organisation méfiante » qui plombe le développement de l’Algérie. Selon Rebrab, « l’organisation méfiante crée le malaise. Le malaise fait fuir les responsabilités. La fuite des responsabilités crée la bureaucratie, ce qui inhibe la créativité, sclérose l’organisation… Et on va droit dans le mur », explique-t-il. Enfin, Isaad Rebrab  a reconnu qu’à la suite de l’exclusion de Cevital du projet de Bellara, « nous avons décidé d’aller à l’étranger ».

« Quand nos projets ne dépassent pas 15 millions d’euros, nous pouvons investir sans demander l’autorisation de l’État ; au-delà de cette barre, nous sommes obligés de demander une autorisation. C’est ce qui devient frustrant pour nous. Il faut demander l’autorisation pour créer des emplois, de la richesse, et encore, on n’est pas sûr de l’obtenir. Ce n’est pas aberrant ? », s’est interroge en dernier l’entrepreneur Algérien qui rêve désormais de conquérir des marchés en Afrique Noire.

Notez cet article