Même si elle n’est pas réductible à des enjeux strictement économiques, la visite du Président français en Algérie participe à une logique d’ensemble dans laquelle notre pays se révèle un partenaire précieux et …passif  des échanges économiques internationaux. En un mot une sorte de partenaire idéal.

Qu’il s’agisse de commerce international, de recyclage des excédents financiers ou de politique d’attraction des IDE, les partenaires économiques de l’Algérie ont toutes les raisons de se frotter les mains. Dans la période récente, beaucoup de commentateurs nationaux se sont étonnés et félicité de voir les délégations étrangères se succéder en rangs serrés dans les couloirs de nos ministères et de nos chambres de commerce. Depuis quelques années, patrons et ministres, français, britanniques, espagnols, italiens et turcs ; tout le monde semble avoir inscrit le voyage d’Alger à son agenda. Et pour cause, l’Algérie est depuis plus d’une décennie un excellent partenaire commercial dont les performances dans ce domaine ont résisté à la crise internationale. En 2011 nos importations ont encore progressé de près de 14% alors que le commerce mondial n’a connu qu’une augmentation limitée à 5%, selon les données établies par le FMI. Une tendance qui ne date pas de l’année dernière puisque nos importations de marchandises qui s’élevaient encore à un peu plus de 9 milliards de dollars en 1999 ont dépassé 44 milliards de dollars, l’année dernière. Sans compter des importations de services qui ont également explosé depuis le milieu de la décennie écoulée et qui se situaient en 2011 à près de 12 milliards de dollars, portant le montant total de nos importations à 56 milliards de dollars. Dans un contexte international, marqué depuis fin 2008 par un ralentissement de la croissance et des échanges mondiaux, notre pays figure donc au petit nombre de ceux qui continuent de soutenir vigoureusement la croissance du commerce international.

Pas dans la compétition …

Pour les pays industrialisés, anciens comme la France, l’Italie, l’Espagne et les Etats-Unis, ou nouveaux, comme la Turquie ou la Chine qui figurent en tête des bilans de nos échanges extérieurs, notre pays présente un autre avantage. Il ne se contente pas de soutenir de façon très dynamique la croissance des échanges internationaux, il a de surcroît la particularité de ne constituer en aucune manière un concurrent. Alors que la plupart des pays émergents qui sont aujourd’hui les locomotives de la croissance mondials (Chine, Inde, Brésil, Turquie, etc.), se livrent entre eux une concurrence très vive et sont engagés avec les anciens pays industrialisés dans une compétition féroce pour la conquête des marchés des produits manufacturés, l’Algérie continue d’exporter presque exclusivement des hydrocarbures et d’importer pratiquement tout le reste. Nos  exportations hors hydrocarbures sont toujours à la poursuite de la barre des 2 milliards de dollars fixé comme objectif par les pouvoirs publics depuis plus d’une décennie. On comprend donc l’intérêt que l’Algérie suscite de la part des pays exportateurs de produits industriels en tous genres, mais aussi la sollicitude et l’indulgence que lui témoigne des institutions financières internationales qui tout en constatant régulièrement “l’absence de diversification de l’économie algérienne”, mettent un bémol à leur tentation de critiquer l’immobilisme de nos gouvernants en constatant la contribution qu’elle apporte, dans un contexte difficile, au soutien de la croissance du commerce international.

Une contribution importante  à la stabilité du système financier

Une contribution qui ne se limite d’ailleurs pas au seul commerce des biens et des services. Depuis 2008, le système financier international traverse une crise qui a d’abord frappé les banques privées avant de se transformer, depuis 2010, en  une crise des dettes souveraines des pays de la zone euro et des Etats-Unis. Ce qui a conduit à la dégradation de la notation financière de beaucoup d’entre eux et menace la stabilité de l’ensemble du système financier international. Dans ce contexte également notre pays se révèle un partenaire précieux. La politique des autorités financières algériennes qui consiste d’abord à constituer des réserves de change importantes et croissantes ( la barre des  200 milliards de dollars sera sans doute franchie à fin 2012), puis à recycler ces excédents financiers sous forme de bons du Trésor émis par les gouvernements des pays exposés à la crise des dettes souveraines, constitue une contribution importante à la stabilisation du système financier international. C’est également ce que vient de montrer l’épisode récent de la contribution de l’Algérie à l’augmentation des ressources du FMI.

Des IDE en recul

Un troisième domaine enregistre en revanche, depuis la fin de l’année 2008, des performances très médiocres qui pénalisent beaucoup plus  l’économie algérienne que ses partenaires industrialisés dont elles servent au contraire les intérêts : il s’agit de l’investissement étranger.  L’image peu attractive de l’Algérie en tant que terre d’accueil des IDE est aujourd’hui une idée largement admise. Après un bon départ au début de la décennie écoulée, les mesures adoptées par le gouvernement Ouyahia, notamment celles contenues dans la LFC 2009 ont eu un  “impact négatif sur le comportement des investisseurs qui ont pris une position d’attente pour voir dans quelles conditions ils peuvent venir investir en Algérie” relevait récemment une délégation du FMI. Le dernier rapport de conjoncture de la Banque d’Algérie annonçait pour l’année 2011 des investissements directs étrangers, hydrocarbures compris, en baisse sensible : “En flux nets, le poste investissements directs est estimé à 1,8 milliard de dollars en 2011 contre 2,2 milliards de dollars en 2010.” La Banque d’Algérie  soulignait en outre, que les IDE continuent d’être orientés principalement vers “les industries extractives” qui restent très largement en tête des bilans, suivi par l’industrie manufacturière et le “secteur de la construction”.

Autant de résultats et de domaines qui soulignent, de façon paradoxale, l’inefficacité, voire l’impasse, dans laquelle beaucoup de  choix économiques effectués au cours des dernières années au nom de l’intérêt national semblent avoir engagé l’économie algérienne. Le gouvernement de M.SELLAL semble vouloir inverser quelques unes de ces tendances lourdes de l’économie nationale. Il faudra beaucoup d’efforts et d’imagination, beaucoup de coopération aussi avec des partenaires de bonne volonté. Bienvenue à M. Hollande.

Hassan Haddouche