Feddal Halim, le secrétaire général adjoint de l’Association nationale de lutte contre la corruption (ANLC), n’y va pas par quatre chemins : « c’est l’Etat Algérien qui œuvre à protéger et promouvoir la corruption », dénonce-t-il. Mais comment est-ce possible ? Pour ce militant anti-corruption qui active de l’intérieur du pays, à Chlef, une ville située à plus de 200 Km à l’ouest d’Alger, la loi algérienne souffre de carences criantes qui paralyse toute lutte efficace contre la corruption.

 « Il est inconcevable de traiter le phénomène de la corruption qui gangrène notre pays par une loi  constitué de 73 articles », estime notre interlocuteur qui plaide pour « l’indépendance de la justice » et  la « création des cours financières dotées de magistrats compétents en matière de corruption ».

Selon Feddal Halim, par lequel de nombreux scandales ont été révélés et médiatisés,  les carences  de la loi 06-01 du 20 février 2006 relative à la  prévention et à la lutte contre la corruption exposent l’Algérie à de graves dangers car cette loi ne définit pas précisément  que ce que sont « les délits, en grande corruption et petite corruption, l’ampleur et les conséquences du délit ».

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Mais il n’y a pas que cela qu’il faut corriger dans le dispositif législatif. Le secrétaire général adjoint de l’ANLC ne comprend pourquoi on ne réactive pas la Cour des Comptes qui se trouve dans une étrange apathie. Récemment, le syndicat des magistrats de la Cour des comptes a crié au scandale. Son président, Zineddine Harèche a reconnu tout simplement que « les magistrats de la Cour sont dans l’incapacité d’accomplir leurs missions ». Et pour cause, des lenteurs administratives «entravent leur action , a dénoncé le président de ce syndicat qui n’a pas manqué de rappeler que ces entraves sont «contraires aux instructions données par le président de la République concernant la nécessité de conférer davantage de transparence à la gestion des deniers publics et à la lutte contre la corruption », a-t-il souligné. Il est à préciser également que la Cour des comptes dispose d’à peine 100 magistrats financiers, un nombre dérisoire lorsqu’on sait que le groupe Sonatrach, à lui seul, requiert 200 magistrats financiers pour le contrôle de la gestion de son budget.

Alors l’Etat a-t-il réellement une volonté politique pour lutter contre le fléau de la corruption ? Pour le président de la Cellule de traitement du renseignement financier (CTRF) du ministère des Finances, Abdenour Hibouche, cela ne fait aucun doute. Selon ce responsable, ce sont surtout les professions non financières qui ne s’impliquent pas assez dans la lutte contre la corruption à travers le dispositif de renseignement financier et dans la lutte contre le blanchiment d’argent en Algérie.  Abdenour Hibouche a indiqué récemment lors d’une conférence de presse à Alger que les Banques et les Organismes financiers font de leur mieux pour dénoncer la corruption. Il en veut pour preuve qu’entre 2007 et 2011, près de 3.200 déclarations de soupçons ont été envoyées à la CTRF « exclusivement par les banques » activant en Algérie. Durant la même période sept dossiers, supposés être en lien avec le blanchiment ont été transmis par la CTRF à la Justice. D’autre part, grâce aux « mesures de vigilance » et des procédures de contrôle mises en place récemment par les banques pour la surveillance des transactions ainsi qu’à la sensibilisation des entités déclarantes pour une « transmission sélective » des déclarations à soumettre à la cellule, excluant de ce fait toutes les opérations sans lien avec le blanchiment, le nombre de déclarations de soupçons reçues par la CTRF en 2012 est en baisse par rapport à 2011, a assuré sur un ton fier Hibouche.

Ce dernier a lancé un appel en direction des agents immobiliers, concessionnaires automobiles, notaires, avocats, experts comptables, commissaires aux comptes, commissaires en douanes et intermédiaires en opérations en Bourse pour qu’ils déclarent, auprès de la CTRF, toute transaction ou opération douteuse comme le font les banques. Mais cet appel trouvera-t-il une oreille attentive ? Pas si sûr…

 

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