En Algérie, la corruption ne ravage pas uniquement les institutions étatiques, les centres de décision ou les organismes politiques. La corruption, telle la peste ou le choléra, ronge la société dans ce qu’elle de plus fondamental, à savoir la dignité. Personne ne le nie ou ne le cache : en Algérie, tout s’achète. C’est la loi de la tchipa. Ce mot n’existe d’ailleurs qu’en Algérie. Intraduisible, « tchipa » est devenu au fil des années un concept algérien bien enraciné dans la société.  Le mot figure désormais dans les dictionnaires de langue française. Et à ce sujet, le Nouveau Petit Robert nous apprend que « le mot tchipa a été façonné par la population algérienne et emprunté à la langue française ». « Il viendrait du mot chiper (voler) ».

Il n’y a donc pas que Sonatrach qui est concernée par la corruption en Algérie. La tchipa, c’est une culture nationale. En chaque Algérien, sommeille un corrompu ou un corrupteur. Et pour cause, pour tout et n’importe quoi, il faut donner un billet. Que ce soit un acte de naissance, un permis de conduire, un passeport ou un permis de construire, les Algériens recourent à la « tchipa ». Plus rien ne choque et plus rien ne fait peur. Ni la loi divine, ni la loi tout court. La pratique n’est même pas considérée comme étant scandaleuse tellement elle est entrée dans les moeurs. Quant aux adversaires de la corruption et ceux qui sont encore enchaînés aux valeurs de morale sociale, ils sont non seulement mal vus mais aussi marginalisés. Ces moutons noirs qui ne suivent pas la règle suscitent la crainte et la méfiance.

Le citoyen est-t-il donc à l’origine de la grande corruption qui dévaste l’Algérie ? Moumen Khelil, secrétaire général de lAssociation nationale de lutte contre la corruption « ANLC », estime pour sa part que l’Algérie est d’abord victime avant d’être coupable :

« Les citoyens craignent de dénoncer la corruption », affirme-t-il avant de relever qu’un système politique vermoulu créé un environnement hostile à la transparence en Algérie. Dans ce sens, « le citoyen est forcé à devenir corrompu », analyse notre interlocuteur. « Quand un policier abuse de son pouvoir pour vous enlever le permis et vous met la pression pour lui glisser un billet afin de le récupérer, vous allez vous retrouver dans une situation délicate où le passage à la corruption devient évident », a-t-il expliqué.

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Moumen Khelil déplore aussi le climat d’insécurité instauré par les autorités politiques en Algérie au sujet de la corruption. Un climat qui dissuade les Algériens à dénoncer cette pratique mafieuse d’autant plus que l’appareil judiciaire brille par son inefficacité et son incapacité à traiter les scandales qui secouent le pays.

Dans ce contexte, rien n’encourage et motive les Algériens à aller dénoncer la corruption. En 2011, une étude initiée par la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (Laddh) a fait savoir que 88 % des Algériens disent craindre des menaces ou des représailles dans le cas d’un témoignage contre la corruption !

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85 % pensent que les hauts fonctionnaires corrompus bénéficient de l’immunité. Pour remédier à cette peur et ce démission éthique, Moumen Khelil n’y voit qu’une seule solution : « il faut travailler sur le renforcement des dispositifs législatifs en matière de protection des dénonciateurs de corruption ».

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