Nadir Moknèche, le cinéaste franco-algérien, ne se remet toujours pas de la censure qui a frappé de plein fouet son film “Délice Paloma”  en Algérie. Dans un entretien accordé au magazine panafricain Jeune Afrique, Nadir Moknèche a confié qu’il  a été “très marqué par l’interdiction d’exploitation de Délice Paloma en Algérie”. “Il ne s’agissait pas du marché principal du film, mais je suis toujours parti de l’idée, depuis Le Harem de Mme Osmane, que, même si je veux faire des films accessibles à tous, je tourne d’abord pour les Algériens. Avant, je me disais que j’aurais peut-être affaire un jour à la censure, mais je n’imaginais pas l’effet que cela me ferait, à quel point ce serait douloureux. Du coup, depuis la fin du tournage de Délice Paloma en août 2006, je ne suis plus rentré en Algérie. Il y a comme une cassure”, a-t-il expliqué encore sur un ton qui laisse transparaître de l’amertume.

Plus qu’une déception, Nadir Moknèche ressent une véritable blessure après cette mésaventure qu’il a dû subir dans son pays natal, l’Algérie. ” J’ai été éduqué dans l’Algérie postcoloniale, celle de l’indépendance, avec l’idée qu’il faut se battre et faire des choses pour son pays et son évolution… et mon pays ne le veut pas. J’en suis là”, a-t-il raconté sans aucun faux-fuyant. Nadir Moknèche explique également que ce ne sont pas les scènes de sexe qui sont à l’origine de la censure dont a fait l’objet le film “Délice Paloma”. En réalité, c’est une scène où il est dénoncé la corruption d’un ministère public qui aurait irrité les autorités algériennes. “Les gens imaginent que le plus problématique, ce sont les scènes de sexe. En fait cela ne fait problème que pour les islamistes. Si Délice Paloma a été interdit, alors qu’il n’y a pas de scène de nu, c’est parce qu’on parle de corruption. Dans une scène, on se moque un peu d’un ministre des Droits de l’homme et de la Solidarité nationale corrompu, et cela n’est pas passé. Il semblerait qu’on touche là au coeur du système”, a révélé le réalisateur dans cet entretien.

Enfin, Nadir Moknèche est persuadé qu’un cinéma libre et engagé inquiète les autorités politiques. “En Algérie, le cinéma fait plus peur, par exemple, qu’un article de presse ou un essai. On pourrait imaginer que la parole d’un intellectuel ou d’un journaliste apparaisse dangereuse. Mais un film !”, s’est indigné en dernier lieu le réalisateur algérien qui  a choisi de tourner au Maroc son dernier film, Goodbye Morocco.  Il s’agit d’un polar qui évoque plusieurs sujets sociétaux tabous à l’image de  l’homosexualité et le racisme.