Le mépris dure depuis plusieurs années. Un nombre incalculable de parents se sont vus refuser le droit d’attribuer à leurs enfants les prénoms qu’ils ont choisi. Des prénoms aux consonances berbères qui ne passent toujours pas au niveau de notre Etat-Civil. Les Massinissa, Massiva, Ghiles, Aylan, Gaïa, Micipsa, etc, la liste des prénoms berbères qui ne sont pas reconnus dans notre pays s’allonge d’une année à une autre. Quant aux motifs de leur interdiction, ils demeurent pratiquement inchangés : ces prénoms amazighs ne font pas partie de la nomenclature actuelle des prénoms en Algérie. Une nomenclature qui date de 1981 et que le ministère de l’Intérieur s’entête à ne pas la réformer pour l’adapter à la réalité sociale et culturelle de l’Algérie.

Mais justement, tout le problème est là. Aux yeux de nos autorités, l’Algérie n’est pas plurielle, diverse et variée. Cette Algérie avec son histoire millénaire, ses cultures locales méconnues et ses riches coutumes et us n’ont pas lieu d’être selon notre administration. Et tout prénom qui s’écarte un tant soit peu de la sacro-sainte dimension arabo-musulmane de la personnalité algérienne, est refusé, interdit, voir diabolisé et criminalisé. On efface ainsi d’un seul trait des siècles d’histoire. Des siècles durant lesquels les berbères, un peuple valeureux, tolérant et généreux, ont façonné l’Histoire avec leur génie. Mais un génie que l’Etat Algérien ne cherche toujours pas à réhabiliter. L’Amazighité de l’Algérie, officiellement reconnue par les autorités, demeure, tout de même, dans la vie quotidienne un piètre slogan que l’on sort à chaque fois, et souvent à l’heure des échéances politiques, qu’on a besoin de caresser l’égo de l’Algérien et le baratiner pour lui vendre un projet de société auquel il n’est même pas associé.

L’Amazighité, un prétexte politique, au mieux un tremplin pour certains opportunistes du régime. Pourquoi tant de cynisme ? Aujourd’hui encore, de nombreuses versions circulent pour expliquer l’attitude hostile des autorités algériennes vis-à-vis de la culture et langue Amazighe. Mais au final, une seule analyse s’impose pour résumer toutes les vicissitudes du discours culturel officiel : la culture amazighe comporte en son sein une conception de la liberté trop dangereuse pour certains de nos dirigeants. Cette culture qui favorise l’émancipation, l’insoumission et ne supporte pas l’injustice n’est pas vue d’un bon œil. Et visiblement cela n’est pas prêt à changer…