Lors d’une interview intitulée « Bleu-­blanc-­rage », le journaliste Nadir Dendoune raconte la difficulté de grandir entre deux mondes, entre deux cultures : la France et l’Algérie. A ce sujet, il raconte « Je ne me sens pas rebeu. Je ne me sens pas plus Français que ça non plus.» A travers ces débats sur l’identité nationale, la France oblige ses citoyens à appartenir exclusivement à un groupe et de ce fait, crée un malaise identitaire. Ce concept français d’assimilation étouffe la multiplicité d’identités. Il faut être l’un ou l’autre ce qui amène à une lutte interne. Or, l’assimilation oublie que l’être peut englober plusieurs identités à la fois et être en parfaite symbiose avec le reste de sa personne.

A travers ces quelques lignes, je ne cherche pas à examiner les problèmes de l’identité française. C’est un débat qui tourmente déjà tant et qui envahit l’espace politique et médiatique depuis trop longtemps. La France et ses « spécialistes » qui n’ont jamais vécu entre deux mondes tentent tant bien que mal d’expliquer l’inexplicable, de palper l’impalpable. A travers cet article, ce qui m’intéresse c’est d’aborder un sujet qui n’a pas encore trouvé sa place au cœur des politiques: l’identité algérienne.

Selon le gouvernement algérien, les 132 années de colonisation française ont provoqué un « génocide » de l’identité. Les effets de l’occupation sont incontestables mais cette question n’a été abordée qu’au niveau de la population vivant en Algérie. Les individus tiraillés entre deux continents sont négligés.

Durant l’époque coloniale et postcoloniale, cette identité s’est redessinée non seulement à l’intérieur du territoire algérien mais aussi au delà de ses frontières. En effet, les flux d’immigration vers la France et vers d’autres pays ont modifié l’essence même de l’identité algérienne. Aujourd’hui, l’Algérien ne ressemble plus seulement à l’Algérien de «souche» et les critères uniquement géographiques sont obsolètes. Les Algériens sont des personnes comme mes parents qui ont quitté l’Algérie pour s’installer en France ou des personnes comme moi qui sont nées en France et qui vivent à l’étranger. A travers cette toile identitaire, de nombreux Algériens vivant à l’extérieur du territoire se questionnent sur leur rôle au sein d’une société algérienne en plein essor économique. Un débat sur l’identité algérienne serait donc nécessaire.

L’institut Montaigne souligne lors d’une étude sur l’identité nationale française, qu’un débat est important et même plus important que d’y apporter des réponses car il permet de « mieux comprendre l’autre et donc d’accepter la diversité, les spécificités de chacun. » De manière identique, un débat sur l’identité algérienne donnerait lieu à l’acceptation de l’hétérogénéité du peuple algérien et à l’inclusion d’une population
qui ne répond pas uniquement à un critère géographique.

Pendant longtemps, l’émigration a été perçue comme nuisible au développement du pays d’origine. Or, plusieurs études sur les diasporas africaines ont démontré que ces communautés devraient être vues comme un gain plutôt qu’une perte. Lorsque j’utilise le terme diaspora, je fais référence à une communauté d’individus installée à l’étranger, où ils travaillent et vivent. Si nous prenons le cas de l’Algérie, sa diaspora est une réelle plus-­‐value puisqu’elle peut être mobilisée au profit du pays.

La colonisation a certes laissé des blessures profondes en Algérie mais elle a aussi donné naissance à une communauté dynamique et surtout instruite qui pourrait participer à l’émancipation politique et au développement économique du pays. Dans ce contexte de mondialisation, cette population pourrait apporter un regard nouveau dans le pays mais également partager ses compétences et ses expertises. Elle jouerait un rôle clé dans la transmission de savoir.

L’Algérie de demain devrait se construire avec les Algériens venant de tout horizon. A l’aube des présidentielles de 2014, les candidats potentiels aux élections devraient reconnaître la diversité de la population algérienne et mener une campagne au-­delà des frontières.

Lobna Hadji

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