Le double meurtre de Hachiche Brahim et Boudaira Haroun relance le débat de la pénalisation de ces crimes ? Que faut-il faire pour protéger les enfants algériens de ce genre de prédateurs ? La société civile s’interroge face à la multiplication des cas d’enlèvements des enfants.

Les crimes contre les enfants en Algérie ne cessent d’émouvoir la société algérienne ces derniers mois. Il devient de plus en plus difficile de comprendre ces drames et les motivations des meurtriers.  Dans un entretien accordé au quotidien El Watan, Z. Demane-Debih, Directeur du département de criminologie de l’institut de criminalistique et de criminologie de la Gendarmerie nationale, a tenté de donner des clés de compréhension sur ce constat alarmant.

Pour le directeur « les cas d’enlèvement et d’assassinat d’enfants ont toujours existé, mais ils n’étaient pas aussi médiatisés que depuis l’avènement des nouvelles chaînes de télévision. » Il souligne d’ailleurs l’intérêt de la médiatisation qui permet de sensibiliser la population et de pousser à la solidarité.La diffusion des avis de recherches d’enfants permet de faire avancer les enquêtes et d’impliquer l’ensemble des Algériens, afin de retrouver les disparus.

Pour M. Demane-Debih ces séries d’enlèvements résultent « surtout de la banalisation de la violence et les mutations de la société algérienne qui poussent à de tels crimes. » Il  explique « qu’en 2011, il y a eu 45 enlèvements d’enfants, dont 7 tentatives, et ce, à travers 27 wilayas, alors qu’en 2012, nous avons enregistré 50 cas, parmi lesquels 11 tentatives, à travers 30 wilayas », mais tient à rappeler « que sur les 95 enfants enlevés entre 2011 et 2012, 64 ont rejoint leur domicile familial » pour rassurer la population, et affirmer que l’enlèvement ne se termine pas systématiquement en meurtre.

Le meurtre pour « se sauver »

Alors pourquoi tant de kidnappeurs vont jusqu’à cette étape : l’assassinat. La plupart du temps les kidnappeurs agissent de la sorte pour ne pas être identifié après avoir commis leur méfait. « Lorsque la victime est jeune pour pouvoir discerner ou reconnaître son ravisseur, il peut ne pas la tuer, une fois l’acte accompli. Cependant, si l’enfant risque de le dénoncer, il ne s’encombre pas de quelqu’un qui va le mener droit en prison. Un pédophile a toujours des prédispositions à passer à l’acte de tuer. Il sacrifie une vie humaine pour sauver la sienne », explique l’expert en criminologie. Les meurtriers agissent donc le plus souvent pour leur échapper à la justice que par besoin sanguinaire.

Qui sont les kidnappeurs d’enfants ?

M. Demane-Debih dresse même dans ce même entretien, le profil des personnes les plus susceptibles d’enlever des enfants. D’après  le directeur, qui se base sur les chiffres recensés par la gendarmerie, « 66% des enfants enlevés entre 2011 et 2012 ont subi des violences sexuelles. A travers cette étude, nous pouvons dire qu’en majorité, les auteurs sont âgés entre 28 et 30 ans, célibataires, chômeurs et ont un niveau scolaire primaire ou du cycle moyen. Une forte proportion (16 sur 95 affaires) a un lien avec ses victimes. »

Il semblerait que la menace vient souvent de l’entourage. Ce ne sont pas nécessairement des inconnus qui sont les ravisseurs dans la plupart des cas. « Généralement, il s’agit d’un membre de la famille, d’un voisin ou de quelqu’un de l’entourage professionnel. Le mode opératoire est très classique. Si la victime est très jeune, l’agresseur utilise la ruse pour l’emmener avec lui, mais si elle est en âge de discernement (entre 10 et 16 ans), il recourt à la violence. Nous remarquons que les victimes sont dans la majorité des cas des écoliers du cycle primaire ou moyen », explique-t-il.

« Des mesures répressives assez sévères contre la délinquance sexuelle »

Les affaires se suivent et se ressemblent. Alors que peuvent faire la justice et les forces de sécurité pour freiner ce phénomène qui brise tant de familles. Des peines plus sévères ? Une révision de la législation Un protocole sécuritaire renforcé ?

Pour le directeur du département de criminologie, « il ne suffit pas de condamner ces derniers à des peines privatives de liberté. Il faut aussi un traitement obligatoire, notamment lorsqu’il s’agit de récidive, parce qu’une fois en liberté, le pédophile est tout de suite remis dans les mêmes conditions d’avant et de cette manière, il passe automatiquement à l’acte. »

Il a également rappelé la nécessité d’adopter un plan d’alerte enlèvements pratiqué dans de nombreux pays, et étudié depuis plusieurs mois par le ministère de la justice et le réseau Nada. « En tant qu’experts, nous avons recommandé plusieurs mesures. Parmi elles, la mise en place d’un système d’alerte qui implique tous les médias, notamment lourds, afin de publier les photos des victimes et les portraits robots des auteurs, de mobiliser la collectivité autour des recherches, de diffuser les appels à témoins. »