Les entreprises privées algériennes sont trop petites. C’est ce que vient de rappeler une nouvelle fois le patron du Forum des chefs d’entreprise, M Réda Hamiani. Pour  les aider à grandir, le capital – risque, qu’on appelle chez nous capital investissement,  est un instrument très efficace et qui a fait ses preuves sous d’autres cieux ou il brasse des montants financiers considérables.

Pour la plupart des fonds d’investissement  internationaux, l’objectif est d’entrer dans le capital de sociétés privées  à très fort potentiel de croissance afin de favoriser leur développement. Les gestionnaires de ces  fonds ne sont pas des philanthropes, ils revendent leurs parts, au bout de 5 à 10 ans en général, avec l’objectif de faire une substantielle plus-value, soit par une introduction en Bourse soit par une vente de leur part de capital à la direction de l’entreprise ou à un tiers.

Bien que le grand public soit peu informé sur ce sujet, ces fonds d’investissements internationaux sont  de plus en plus actifs dans notre pays. On en a un bon exemple ces jours ci à l’occasion de l’opération d’entrée en Bourse de NCA .Elle permettra  la vente à travers la bourse d’Alger de la participation du fonds d’investissement international Africinvest qui   détient  environ  30 % du capital de NCA  à la suite de l’ouverture du capital de cette société familiale  en 2005 qui fut à l’époque la première expérience de ce type  en Algérie selon son PDG , Slim Othmani.

 Déjà bien implantés en Algérie.

 

Africinvest ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin. Son implantation en Algérie s’est effectuée de façon progressive depuis le début de la décennie écoulée. Elle ne comporte aujourd’hui pas moins de 8 prises de participations qui, outre NCA , concernent également des entreprises du secteur manufacturier et de l’agroalimentaire connues du public algérien pour leur dynamisme  comme Général Emballage et  SNAX propriétaire de la marque « Mahboul », ou encore la SODINCO qui commercialise les produits de la marque Haier. Africinvest est également présent  en Algérie dans le secteur du médicament à travers sa participation dans Impha Médis, une PME implantée à Annaba et spécialisée dans la production et le conditionnement de médicaments génériques. Les TIC sont également un secteur privilégié par le fonds qui a pris une participation dans Icosnet .Son engagement le plus important en Algérie reste néanmoins celui qu’elle a réalisé dans Maghreb leasing Algérie qui est aujourd’hui considéré comme l’un des leaders d’un secteur du leasing en plein boom dans le pays et dont le nom est régulièrement cité au cours des dernières années parmi les candidats à une entrée à la Bourse d’Alger.

Même s’il occupe, une position de leader, Africinvest n’est pas le seul fonds international  à avoir investi le créneau du capital risque dans notre pays, on peut également citer le nom du fonds Emerging Capital Partners (ECP), également présent dans le capital de plusieurs entreprises privées algériennes et qui s’est fait connaitre voici quelques années en rachetant la GAM assurances, alors en difficulté.

Un retard considérable

Si les investisseurs internationaux ont commencé depuis déjà plusieurs années  à scruter avec attention le paysage de la PME algérienne pour y découvrir les pépites les plus prometteuses, ce n’est manifestement pas le cas des institutions financières nationales.
En dépit d’un cadre fiscal favorable, la place financière algérienne ne comptait jusqu’à une date récente   pas plus de 2 sociétés spécialisées opérationnelles dans le domaine du capital-risque. La doyenne, qui a été longtemps la seule entreprise en activité dans le domaine du capital-risque en Algérie, est Finalep, une filiale des banques publiques algériennes et de l’Agence française de développement (AFD). Après un démarrage très laborieux, son portefeuille ne comporte toujours pas plus d’une dizaine de participations. Un deuxième opérateur baptisé Asicom et doté d’un capital de 8 milliards de dinars (80 millions d’euros) a été créé en 2004 grâce à des fonds publics algériens et saoudiens. Cet opérateur a réalisé sa première prise de participation en avril 2009 en rachetant 32% du capital d’une société privée spécialisée dans l’impression pour un montant de 60 millions de dinars.

C’est dans le but de combler le retard accusé par cette activité que l’Etat actionnaire avait déjà invité, fin 2008, l’ensemble des banques publiques à créer des filiales spécialisées dans le capital-investissement. Dans ce domaine, alors que la BADR et la CNEP ont annoncé l’année dernière la création d’une filiale commune baptisée « El Djazaïr Istithmar », la BEA a choisi de s’associer au français Siparex pour créer un fonds de capital risque doté de 5 milliards de dinars (50 millions d’euros). Une filiale de la BNA est également en cours de constitution. Aucune de ces filiales n’étaient cependant opérationnelle à la fin de l’année dernière.

 

Retard à l’allumage

Pour accélérer le mouvement et dans le souci affiché d’une « dynamisation de l’investissement » dans les PME, l’Etat a confié, voici un peu plus d’un an, aux 6 sociétés de capital-risque publiques existantes ou en cours de constitution, la gestion d’une dotation budgétaire de 48 milliards DA (près de 500 millions d’euros), à raison d’un milliard par wilaya. Pour la plupart des spécialistes, cette nouvelle dotation en capital est certainement la bienvenue et de nature à combler l’un des handicaps majeurs d’une activité qui reste embryonnaire. Un cadre au ministère  des finances en relativise cependant la portée en nous signalant « qu’à raison de 50 millions de dinars par entreprise, c’est une vingtaine de projets qui pourront être financés par wilaya ». Notons que les moyens financiers du nouveau dispositif devraient être renforcés par l’instruction donnée également l’année dernière et pour la première fois au Fonds national d’investissement (FNI) d’intervenir sous forme de prise de participation dans le capital d’entreprises privées jusqu’à hauteur de 34%. Malheureusement et bien qu’aucun bilan ne soit pour l’instant  disponible on n’enregistre encore  à notre connaissance qu’un nombre insignifiant de dossiers traités.

Hassan Haddouche

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