Que nous apprend l’attentat perpétré pendant le marathon de Boston sur la radicalisation de l’islam ? Pas grand-chose, si ce n’est qu’au lieu de stigmatiser la communauté musulmane après cette attaque, les Etats-Unis feraient mieux de lui tendre la main. C’est ce qu’affirme Farid Zakaria, un célèbre éditorialiste américain, pour qui l’Europe est un modèle d’intégration.

Non, l’attentat de Boston ne nous apprend rien sur la soi-disant radicalisation de l’islam aux Etats-Unis ou dans les sociétés occidentales, défend Farid Zakaria, dans un éditorial publié le jeudi 25 avril dans le Washington Post. Les frères Tsarnaev ne sont que deux jeunes individus isolés qui se sont tournés vers la haine et le meurtre, d’après les premiers éléments de l’enquête, considère-t-il. D’ailleurs, aux Etats-Unis, le terrorisme représente une menace moindre comparée à la circulation des armes à feu. Depuis le 11 septembre 2001, les attaques terroristes orchestrées depuis l’étranger ont coûté la vie à une douzaine de personnes alors que, sur la même période, les homicides par arme à feu causaient la mort de plus de 100 000 personnes et les accidents routiers tuaient 400 000 âmes, souligne Farid Zakaria.

« La leçon que nous enseigne l’Europe : intégrer la communauté musulmane »

D’après cet influent chroniqueur Outre-Atlantique, la greffe du terrorisme ne prend pas aux Etats-Unis. « Régulièrement, les sondages montrent à quel point les immigrants de confession musulmane ont embrassé les valeurs américaines. La machine à assimilation américaine continue à fonctionner à merveille », se réjouit-il. Et les Etats-Unis ont tout à y gagner, car, mieux ils traiteront les minorités musulmanes vivant sur le sol américain, plus ces-dernières seront enclines à collaborer avec les services secrets américains et à dénoncer de potentiels djihadistes, estime le journaliste.

Mais pour cela, c’est du côté de l’Europe que les Etats-Unis doivent lorgner. « La leçon que nous enseigne l’Europe est la suivante : intégrer la communauté musulmane », lance Farid Zakaria. Là-bas, la situation des musulmans s’est nettement améliorer alors qu’ils y rencontraient à l’origine davantage de problème d’intégration. Le chroniqueur du Washington Post en veut pour preuve l’étude de Jonathan Laurence, chercheur à l’université de Boston. Selon ce chercheur, jusque dans les années 1990, les communautés musulmanes étaient plutôt ignorées sur le vieux continent. Ce sont, par exemple, les ambassades du Maroc, d’Algérie et d’Arabie Saoudite qui ont elles-mêmes répondu à l’absence de lieux de cultes décents en Europe, en faisant construire des mosquées et en formant des imams, rappelle Farid Zakaria.

De l’indifférence au multiculturalisme ?

Mais depuis les deux dernières décennies écoulées, les Etats européens ont pris conscience du danger auquel leur indifférence à l’égard des minorités musulmanes pouvaient les conduire, considère l’éditorialiste. Plus soucieux des pratiques et fêtes religieuses, les gouvernements européens discutent aujourd’hui avec des représentants de l’islam, par le biais de conseils religieux qu’ils ont fondés. Souvenez-vous du président Nicolas Sarkozy, principal artisan de la création du Conseil français du culte musulman, qui appelait à un « islam en France et non pas de France ». De marginaux à acteurs de premier plan dans la société civile et la vie politique de leur pays d’adoption, les musulmans ont franchi un cap et gagné respect et considération en Europe, assure Farid Zakaria. « C’est un peu tôt pour l’affirmer, mais ça vaut la peine de noter que les appels contre l’islamisation de la société et la montée d’un islam radical ont stagné, voire même baissé ces dernières années » en Europe, affirme-t-il.

Plus 42% d’actes islamophobes en France en 2012

Vraiment ? On a beaucoup de peine à y croire à la lecture des derniers chiffres sur les actes islamophobes recensés. Le ministère de l’Intérieur français a ainsi fait par d’une augmentation de 42% de ces crimes entre janvier et octobre 2012. Pire, les agressions verbales contre les musulmans et les profanations de cimetières ont explosé en 2011 avec une hausse de 58% sur l’année, dénonce le Collectif contre l’islamophobie en France, dans son rapport paru avril 2012. Et que dire des Unes de magazines, souvent racoleuses, qui font le lit de la paranoïa et de la psychose anti-islam, en agitant le chiffon rouge du halal ou de la burqua. Alors, non, l’Europe est loin d’être l’image idéalisée qu’envie Farid Zakaria…

Pour aller plus loin, le débat Médiapart « Etre musulman en France » à voir ici