Les policiers algériens sont allés trop loin. Il faut désormais le reconnaître : censés défendre et appliquer la loi, certains éléments de nos services de sécurité s’avèrent être les premiers à la violer et à les bafouer. Que des policiers manifestent un excès de zèle pour veiller sur la tranquillité et la sécurité des espaces publics, cela peut se comprendre amplement. Cette attitude peut même forcer l’admiration dans une société qui vit encore sous le traumatisme des violences meurtrières des années 90.

Mais les limites de la décence ne devraient pas être ignorées pour la simple raison que l’obsession sécuritaire est une fin qui justifie tous les moyens. Ces derniers jours, plusieurs de nos policiers ont déplacé la question de la sécurité dans la sphère la plus intime des Algériennes. En effet, plusieurs contrôles policiers ont visé des jeunes filles qui étaient aperçues en compagnie de leurs amis ou copains. Interpellées, ces filles ont été conduites de force jusqu’à l’hôpital pour les soumettre à un test de virginité ! L’histoire aurait pu rester anecdotique si elle n’était qu’un simple acte isolé perpétré par des policiers soucieux de la sacralité de l’hymen. Malheureusement, ce n’est pas une mauvaise blague, mais plusieurs jeunes ont été interpellées récemment lors de routiniers contrôles de police pour se retrouver par la suite dans un hôpital en train de subir un test de virginité ! Ces contrôles ont commencé à Chéraga, à l’ouest d’Alger, et se sont propagés par la suite jusqu’à Constantine où trois filles ont « été soumises à des tests de virginité par les autorités, après avoir été interpellées pendant un pique-nique à El Mridj ».

Stupeur, émotion et polémique.  Au début, tout le monde a crié au complot en accusant de soi-disant laïcards d’avoir diffusé des informations scandaleuses juste pour provoquer une société religieuse et conservatrice. Mais la piste du sensationnalisme criminel produit par les esprits mal-tournés a été vite abandonnée car la presse nationale est venue nous préciser que ces faits irréels sont bel et bien vrais et fondés. La virginité des filles inquiète réellement nos policiers.

Des médecins ont consigné leurs témoignages dans les colonnes de la presse. « Elles étaient terrorisées. Choquées d’avoir été interpellées par les forces de l’ordre et de devoir passer ce type d’examen ! », confie un gynécologue de garde dans un hôpital de l’est algérois à nos confrères d’El Watan Week-end en prenant le soin d’assurer que « les cas d’examens de virginité à la demande des agents de police se multiplient ». Même  la Direction générale de sûreté nationale (DGSN) a confirmé ces contrôles policiers et la pratique de ces tests de virginité. Cependant, la DGSN croit savoir que ces examens ont été pratiqués sur des filles mineures. Une information que les médecins et les familles ne confirment aucunement car aucune plainte n’a été déposée pour viol et aucune agression sexuelle n’a été enregistrée.

S’agit-il donc d’une campagne de lutte contre la dépravation des mœurs ? Pas si sûr. En fait, une chose est sûre : nos policiers s’amusent davantage à examiner la virginité des filles qu’à pourchasser les corrompus qui pillent et volent les deniers publics. Comment expliquer qu’au moment où le pays est bouleversé par les scandales de corruption répétitifs, subitement, cette drôle d’histoire de moeurs fait irruption sur la scène médiatique ? La virginité des jeunes filles est-elle plus importante, plus cruciale à l’avenir et la sécurité de l’Algérie que la virginité morale, celle-ci a été rarement examinée, de nos dirigeants ? Beaucoup de ces derniers se sont illustrés par leurs agissements dans des scandales de détournements des fonds publics. Mais nos policiers ne les soumettent jamais à des contrôles ou examens stricts. Bien au contraire, lorsqu’ils veulent s’en fuir, on les reçoit généreusement aux Salons d’honneur des aéroports et on assure gracieusement leur protection. A chacun sa conception de la virginité.