La langue amazighe bientôt célébrée à l’occasion du 33e anniversaire du printemps berbère en Algérie, garde encore  cette année une petite déception. Elle existe et se perpétue de génération en génération, mais jusqu’à quand ? 30 années n’auront pas suffi à donner une place officielle à cette langue, alors qu’à quelques kilomètres de chez nous, le Maroc est parvenu à officialiser le Tamazight…

La langue berbère ne trouve pas sa place sous tous les soleils du Maghreb. L’Algérie qui est encore en conflit avec cette culture, est à l’opposé du Maroc, réconcilié avec la culture amazighe depuis bien longtemps. Pourquoi une telle différence entre ces deux pays voisins ?

La reconnaissance officielle d’une langue ancestrale

Pourtant comme en Algérie, le Maroc n’a pas toujours tolérée le développement de la culture amazighe. Tout a commencé il y a une vingtaine d’années, grâce au combat d’un réseau associatif pour la défense de la langue et de tout l’univers berbère. Le Maroc a commencé de la même manière que l’Algérie mais est parvenu à faire de ce combat une victoire. Petit à petit la culture amazighe  a trouvé sa place au Maroc. Le premier grand pas pour cette langue fut en 1994 lorsque le roi Hassan II, autorisa son enseignement au moins au niveau primaire. Puis, les avancées se sont enchaînées. Lors de son accession à la souveraineté, Mohammed VI, dont la mère était berbère, annonça la création de l’Ircam, l’Institut royal de la culture amazighe au Maroc. Puis étape par étape, la langue amazighe, très présente sur tout le territoire marocain et parlée par un tiers de la population obtient la consécration ultime : sa reconnaissance officielle en 2011. Elle côtoie l’arabe au rang de langue officielle, dans l’enseignement, les médias ou encore les administrations.

Pas de frustration linguistique comme en Algérie, où le berbère pourtant pratiqué par de nombreux Algériens n’a pas sa place dans les institutions et les textes officiels. Pourtant, le Maroc partait de loin, les berbérophones étaient méprisés, ont dû se battre longtemps contre la négation de leur culture.

L’intégration au ralenti en Algérie

Et l’Algérie ? Le 20 avril, elle va célébrer le 33e anniversaire du printemps berbère, et quel bilan peut-elle présenter ? 30 après le printemps berbère, et après presque 60 ans de combat, la culture berbère ne se meurt pas, mais n’existe pas comme elle le souhaiterait. Elle a toutefois également eu ses victoires, puisque depuis 2002 elle est reconnue comme langue nationale, mais n’a pas le statut de langue officielle comme au Maroc. L’arabe reste la seule langue de l’Etat algérien.

Elle est certes enseignée dans les programmes scolaires, dans les médias, elle existe bel et bien dans le quotidien des Algériens mais surtout en Kabylie. Alors que dans le reste du pays, elle s’efface au profit de l’arabe, parfois même du français. La langue berbère reste encore stigmatisée dans certaines situations. On recense encore des cas de refus de prénoms berbères dans les mairies algériennes, elle est considérée comme un dialecte de second rang. Certains militants et figures de cette culture craignent même qu’un jour elle disparaisse… « Je vois ma culture berbère en danger. L’arabisation et l’islamisme gagnent du terrain », expliquait récemment le chanteur Idir, l’un des symboles algériens de cette culture.

Si l’Algérie n’a pas encore suivi le même processus que le Maroc, il ne faut pas pour autant perdre espoir. En plus de 30 ans de combat, la langue amazighe a fait son petit bout de chemin et à l’instar de nos voisins marocains, peut-être que la révolution linguistique se fera sans prévenir…