« Une femme, une vraie femme, c’est une femme avant tout qui n’est pas féministe » Sacha Guitry

Féministe. Qu’est-ce que cela veut dire en 2013 ? Cette question m’a traversé l’esprit à la lecture de cette citation. Je me suis d’abord dit, le bougre n’a rien compris. Une femme qui se bat pour ses droits, ceux de ses sœurs, de sa mère, de ses amies, de ses filles n’est pas une femme ?! Devons-nous taire et rester belles pour incarner la féminité. Ne pas crier, ne pas être « chiante », être douces et aimantes… Dans ces cas-là nous sommes des femmes. Alors que lorsque l’on est féministes, nous sommes des « chiennes de garde »,  des hurlantes, des hystériques, des mal b… Bref je vous passerais les remarques que j’ai pu entendre.

Et puis je me suis demandé si féministe et femme étaient finalement incompatibles ? Ce n’est pas parce que je suis féministe que je n’ai pas le droit d’être féminine, désirable, de vouloir plaire, après tout ? Défendre mes droits ne me fera pas devenir castratrice. Être féministe en 2013, suscite définitivement autant d’admiration que de jugement. Mais être féministe c’est quoi de nos jours ?

Les mouvements se multiplient. Il y a nos aînées, nos modèles, les premières à avoir défié le mâle qui impose ses règles. Puis il y a les nouvelles, militantes à souhait et prêtes à déranger toujours plus. Certaines se montrent nues, et se « désexualisent » pour diffuser des messages militants. D’autres arrêtent de s’épiler, et font leur révolution du poil. Alors que certaines chantent, rappent, écrivent des pamphlets, manifestent ou réalisent des films pour montrer au monde que leur condition n’est pas rose au contraire. Les moyens sont aussi diversifiés que les femmes sur cette planète. Mais le but est commun : protéger nos droits. Alors qu’est ce qui définit une féministe son combat, ses méthodes, ou sa pensée ?

Nos féministes de 2013 ont décidé de se réapproprier leur corps, leur image, leurs droits. Nouvelle étape, nous avons (presque toutes) le droit de vote, de parler, de décider, mais aurons-nous le droit de ne plus être abusées. C’est en somme le nouveau combat de cette décennie.  Assez de l’hypersexualisation de femmes, assez de la dictature de l’image. Vous voulez de la perfection féminine, de la chair, des corps ? Nous allons vous en offrir mais au naturel. La cause est  reconnue comme noble, mais les moyens sont décriés. « Les Femen n’ont pas de légitimité ni au Maghreb ni ailleurs », entend-on par-ci. « Elles refusent de s’épiler ? Oh mon dieu, quelle idée saugrenue ! » entend-on par-là. Son film sur les femmes saoudiennes est risqué, elle n’a pas peur de faire l’objet d’une fatwa, souffle-t-on enfin.

Alors maintenant que peut-on faire pour être une féministe reconnue et approuvée ? Soit on est trop dures et pas assez féminines, soit on utilise notre féminité pour la désacraliser et on est insulté. Alors on fait quoi maintenant ? On se tait, ou on se bat ? On se juge, ou on défie les lois morales ?

Hier on brûlait des soutien-gorges, on s’élevait devant des murs de policiers, on risquait le karcher, les coups. Et ça c’était noble ! Mais aujourd’hui les femmes veulent innover. Les Tunisiennes se réunissent en masse sur les pages facebook pour ne pas que leurs libertés soient grignotées par la première vague verte.  Les Egyptiennes recensent les harceleurs sexuels et osent les défier, en reconnaissant qu’elles ont été leurs victimes. Les Marocaines défilent lors de leur « Slut walk », « la marche des salopes ». Une Algérienne défie tout le monde et expose ses seins à la terre entière. Toutes ces femmes finalement utilisent les clichés qu’on veut leur imposer. Vous voulez nous réduire à une paire de seins, vous allez les voir mais avec ce que j’ai à dire. Vous voulez me réduire à un corps aux lignes fines et sans cervelle, le voici. La femme ne peut avoir la sexualité qu’elle entend, mais vous pouvez la réduire à l’objet sexuel qui vous plaît, et bien on vous donne des images sexualisées. Alors maintenant Vous faites quoi ?

Qu’on le veuille ou non, qu’on soit d’accord ou pas, le féminisme n’a pas d’âge,  pas de frontières, de définition préconçue, ou de comportement approprié. Être féministe en 2013, c’est être femme avec un grand F, s’assumer, exister et parfois s’il le faut, vous emmerder !