Palestiniens et militants du monde entier se sont recueillis mercredi 17 avril à l'occasion de la 39ème Journée internationale de solidarité envers les prisonniers palestiniens détenus en Israël. Ils veulent la libération des 4 800 adultes et enfants incarcérés et s'inquiètent de la détérioration de l'état de santé de plusieurs d'entre eux.

Pas d’avocat, ni de jugement, ni même de motif tangible d’arrestation. A ce jour, ils sont 168 Palestiniens, dont 5 députés, à croupir dans les geôles israéliennes sous le statut très spécial de la détention administrative, selon Adaamer, une ONG palestinienne défenseure des droits des prisonniers.

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Dans une cellule à -7 degrés

C’est encore Mahmoud Sarsak, ex-espoir du football palestinien, qui a observé une grève de la faim de 92 jours en 2012 pour arracher sa libération après 3 ans d’emprisonnement, qui décrit le mieux les conditions inhumaines dans lesquelles évoluent tous les prisonniers Palestiniens en Israël. Au cours des 45 premiers jours d’interrogatoire, la période de sa vie "la plus difficile", "j’avais un sac noir sur la tête. Ils ont commencé par me mettre dans une cellule qu’on appelle le ‘frigo’ car c’est une toute petite cellule au milieu de laquelle il y a une chaise. On y attache le prisonnier, les jambes et les bras en arrière et on baisse la température à -7 degrés", a -t-il confié lors de son passage à Paris le 27 mars dernier.

Deux prisonniers morts depuis le début de l'année

Début avril, ces conditions de détention ont causé la mort de Maisara Abou Hamdiyeh, atteint d’un cancer. Et celle de Israël Arafat Jaradat, tombé sous les coups de la torture fin février. Les résultats de l’autopsie d’Arafat Jaradat "prouve qu’Israël l’a assassiné", avait affirmé alors le ministre palestinien des Prisonniers, Issa Qaraqaa.

Le mouvement de grève, lancé début 2012, ne désemplit pas dans les cellules israéliennes. Aujourd’hui, c’est le sort de Samer Issawi, Tarek Qa’adan, Jafar Azzidine et Ayman Sharawna qui inquiète tout particulièrement. Très critique, leur état de santé préoccupe jusqu’à l’Autorité palestinienne. La mort de Samer Issawi, qui jeûne par intermittence depuis 250 jours, entraînerait "inévitablement une grave éruption de violence" dans les territoires occupés et la communauté internationale en porterait la responsabilité pour ne pas avoir exercé de pression sur le gouvernement de Benyamin Nétanyahou, a averti Saëb Erakat, principal négociateur de l’Autorité palestinienne, dans un courrier adressé à l’Union européenne. En réalité, l’Autorité palestinienne négocie en vain avec Israël la libération de Samer Issawi. "Nous avons proposé de le libérer à Ramallah pour un temps et ils [Israéliens] ont refusé. Nous avons accepté qu’il soit envoyé en Europe pour quelques mois pour recevoir un traitement médical, avant de revenir, mais ils ont refusé", a déploré le ministre palestinien des prisonniers.

Un dossier "explosif"

Et tandis qu’en coulisse l’Autorité palestinienne essuie un échec, les familles de détenus, les codétenus et les ex-prisonniers se mobilisent. C’est effectivement dans ce contexte "explosif", d'après les propos de Saëb Erakat, que les Palestiniens ont célébré hier la 39ème journée internationale de solidarité envers les prisonniers détenus en Israël. Côté Cisjordanie, ils étaient 600 à Ramallah et 1 500 à Naplouse, essentiellement des familles de prisonniers, à brandir drapeaux palestiniens et photos de détenus. Côté bande de Gaza, plusieurs centaines de personnes se sont dirigé vers le siège du Comité international de la Croix-Rouge, en signe de protestation. Des manifestations ont également été organisées un peu partout à travers le globe, de Paris à Philadelphie. Et par solidarité avec Samer Issawi et les quelques 4 8000 autres prisonniers palestiniens (dont 236 enfants selon Adameer), Kader Adnan, le porte-parole du Djihad islamique palestinien, a repris sa grève de la faim. Lui qui avait été libéré en février 2012, à l’issue de 66 jours de jeûne. Hier, ce sont tous les détenus palestiniens qui se sont abstenus de manger. "Les détenus palestiniens dans les geôles israéliennes ont entamé aujourd’hui une grève ouverte et ont menacé de poursuivre leur mouvement si Israël ne les reconnaît pas en tant que prisonniers de guerre avant 45 jours", a indiqué hier dans un communiqué le Club des prisonniers palestiniens.

Et pendant ce temps que font les dirigeants européens, américains et arabes ? Pas grand chose, si ce n'est rien. Le ministre palestinien du Travail, Ahmed Majdalani, en visite hier à Alger, a annoncé la tenue d'une conférence internationale sur les détenus palestiniens dans les prisons israéliennes avant la fin de l'année 2013. Mais d’ici là il sera peut-être trop tard pour se soucier des prisonniers palestiniens et de Samer Issawi, qui peut d'après le ministre Issa Qaraqaa "mourir à tout instant".