Le Cheikh Hamad bin Khalifa Al-Thani du Qatar effectuera sa première visite officielle en Israël en nombre prochain. Le richissime petit Etat du Golfe arabique continue ainsi de courtiser l’Etat juif au moment où il tisse des liens avec les régimes islamistes établis en Egypte, en Tunisie et en Libye. Ambitieuse ? Opportuniste ? Erratique ? La politique étrangère qatarie surprend et interroge plus que jamais.

Longtemps un secret de polichinelle, l’amitié qatarie-israélienne est aujourd’hui officielle. Selon The Algemeiner, un journal juif américain, l’émir du Qatar, Cheikh Hamad bin Khalifa Al-Thani, se rendra en personne pour la première fois en Israël dans le cadre d’un voyage d’Etat en novembre 2013. Objectif : faire les yeux doux aux entreprises high tech israéliennes pour promouvoir un transfert de compétences. Il s’agit là d’un nouveau pas vers la normalisation des rapports du Qatar avec l’entité sioniste, lui qui a financé une partie de la campagne électorale du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu en janvier dernier, selon le site Oumma.com.

Une politique étrangère « tous azimuts »

Si l’annonce de la visite officielle de l’émir du Qatar en Israël surprend peu, c’est la politique étrangère étrangère de Doha qui, elle, intrigue. Comment Cheikh Hamad bin Khalifa Al-Thani peut-il être à la tête de la chaîne Al-Jazeera, qui évoque Israël comme « la Palestine occupée », et à la fois normaliser ses relations avec le colonisateur ? Comment le Qatar peut-il soutenir financièrement l’arrivée au pouvoir des Frères Musulmans en Egypte et d’Ennahda en Tunisie après le Printemps arabe et être un bastion occidental, en hébergeant la plus grande base militaire américaine de la péninsule arabique ? Hyper-active, confuse voire paradoxale, la politique étrangère qatarie est qualifiée à juste titre de « tous azimuts ». Une énigme, une « anomalie géopolitique » pour reprendre l’expression employée par Madhi Laza, auteur de Le Qatar aujourd’hui.

« Obsédé par l’ambition d’exister »

Pour Olivier Da Lage, auteur de Qatar, les nouveaux maîtres du jeu, le petit Etat gazier ne mène pas une diplomatie du portefeuille. S’il entreprend des actions autant contradictoires, c’est qu’il ne poursuit en réalité qu’un seul but : exister. « L’émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, est obsédé par l’ambition de laisser à ses héritiers un pays qui compte sur la carte du monde lui qui était inconnu il y encore une vingtaine d’années », a expliqué à l’AFP le 26 mars dernier ce journaliste de RFI. Pragmatique, le Qatar semble payer le prix fort pour « exister », quitte à accentuer la division entre les Etats arabes.

S’il s’est très rapidement imposé sur la scène international comme un acteur influent, le Qatar ne pourra certainement pas poursuivre sur la voie du « tous azimuts » bien longtemps. Déjà en 2009, l’attitude du Qatar exaspérait plus d’un. A l’instar des Etats-Unis, qui, par la voix du sénateur John Kerry, aujourd’hui Secrétaire d’Etat, avaient exprimé leur agacement. Lors d’une visite au Qatar, John Kerry avait ainsi déclaré que « le Qatar ne peut pas être un allié de l’Amérique le lundi et envoyer de l’argent au Hamas le mardi ».