Les affrontements récurrents entre la communauté mozabite, Berbères et ibadites, et la communauté chaâmbi, Arabes et sunnites, ont repris depuis trois jours à Ghardaïa, à 600km au sud d’Alger.

Les premiers affrontements ont eu lieu dimanche aux alentours de 18 heures. Plusieurs sources locales font état de « véritables batailles rangées » entre des membres de la communauté mozabite et de la communauté chaâmbi. Débutées à proximité du carrefour de Merrakchi, les violences se sont ensuite étendues au quartier populaire de Théniet El-Makhzen. Une dizaine de magasins a été incendiée, uniquement ceux tenus par des Mozabites.

Lundi, la réponse des commerçants mozabites a été l’organisation d’une grève et d’un sit-in devant le bâtiment de la wilaya de Ghardaïa. Une délégation a ensuite été reçue par Ahmed Adli, le wali de Ghardaïa. Ce mardi matin la grève se poursuit et est « suivie à presque 100% », assure Kamel Eddin Fekhar, de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH).

Mozabites et Chaâmbis se renvoient la balle. « Les responsables sont les Mozabites », affirme-t-on du côté chaâmbi, tandis que Kamel Eddin Fekhar, membre de la LADDH et Mozabite, parle d’«agression de la part des Arabes». La cause du déclenchement de ces violences est, en tout cas, difficile à établir. Apparemment, il s’agirait d’une querelle pour un terrain foncier qui a opposé des hommes issus des deux communautés. Mais pour Kamel Eddin Fekhar, les causes sont autres et plus profondes : « la manipulation du pouvoir et l’impunité des Arabes de la communauté chaâmbi, mais surtout le racisme qui règne en Algérie sont les véritables responsables de ces agressions ». « On n’en parle pas à cause du nationalisme algérien, mais le racisme est bien présent, on ne supporte pas la différence », déplore le militant de la LADDH. La passivité des forces de l’ordre de la région n’améliore pas la situation dénonce encore Kamel Eddine Fekhar d’après lequel «la police d’ici n’est pas neutre, soit ils ne font rien pour stopper les violences soit ils se mettent du côté des Arabes».

Soulignons enfin qu’un important contingent de policiers anti-émeutes est arrivé en renfort lundi, en fin de journée. Ils proviennent de Laghouat et de Djelfa. Aucun nouvel affrontement n’a été rapporté dans la nuit de lundi à mardi. Le calme semble donc revenu, pour le moment, à Ghardaïa. La région est régulièrement le théâtre d’affrontements entre ces deux communautés. Cette année, des violences avaient déjà eu lieu en janvier et en mars. Les émeutes récentes les plus sanglantes se sont déroulées en 2008 et en 2009 à Berriane, une localité située à 40 Km de Ghardaïa. La crainte d’un Berriane bis plane toujours sur la région.

 

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