Rien de nouveau à l’université algérienne. La recherche scientifique et l’université, ce couple qui perdure dans l’attrait et le rejet mutuels. Si l’un est dans l’action, l’autre la commente. Les deux se regardent en chiens de faïence. Pour faire bonne figure, le gouvernement aime à saupoudrer ses mesures de soutien au nom du développement du pays.

Mais, en réalité, le monde universitaire algérien s’enfonce dans la médiocrité et la décadence. Des enseignants démissionnaires et des étudiants je-m’en-foutistes, l’université patine dans une spirale de problèmes pédagogiques qui déprécient la valeur du diplôme algérien. Mais ces problèmes structurels n’inquiètent guère certains étudiants ou certains professeurs. La priorité de l’heure, c’est le port du hidjab ! Oui, un collectif estudiantin vient de lancer à l’université de Bab Ezzouar (USTHB), la plus grande université en Algérie, une campagne de sensibilisation pour le port du hidjab ! Rien que ça ! Le collectif  » les étudiants libres » a affirmé publiquement qu’il s’efforce d’encourager le port du hidjab à l’université.

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Et d’ailleurs, dés les premiers jours de cette campagne à laquelle ont pris part aussi des enseignants et des imams, une cinquantaine d’étudiantes sont revenues sur le droit chemin. Ces étudiantes ont décidé de porter le voile pour se racheter une pureté et se  conformer à la prescription coranique. Officiellement, il ne s’agit nullement d’une police des moeurs qui impose le voile aux étudiantes. D’après les initiateurs, la campagne vise uniquement à persuader  1000 étudiantes de porter le hidjab pour devenir de « vraies musulmanes ». Mais les persuader comment ? Avec le dialogue et les prêches, assurent les organisateurs de cette drôle de campagne qui se sont exprimés dans les colonnes du quotidien Echorouk où ils annoncent fièrement qu’ils vont faire triompher la cause du hidjab en Algérie. Et tout cela se déroule au nez et à la barbe des autorités universitaires !

Ces dernières se montrent passives, pour ne pas dire qu’elles ont accordé leur aval, face à un groupuscule financé par des fonds à la provenance douteuse. L’université doit-elle prêcher la bonne foi ou la science et le savoir ?  L’université doit-elle se préoccuper du code vestimentaire de ses étudiantes ? Quand aux convictions religieuses des étudiantes, qui relèvent uniquement de la sphère privée, elles alimentent visiblement les préoccupations des administrations de nos universités. Des administrations qui aident rarement les étudiants à se lancer dans les activités scientifiques. Pour réaliser et concevoir une revue spécialisée sur les campus algériens, il faut surmonter des obstacles herculéens. Quant aux équipements dont manquent cruellement nos laboratoires et nos centres de recherche, ils ne constituent nullement une priorité aux yeux de nos recteurs. Ces derniers n’ont qu’un seul rêve : voir toutes les étudiantes porter le hidjab pour pouvoir dormir tranquillement la nuit. Une nuit qui ne finit pas pour l’université algérienne où l’obscurité des esprits fait reculer chaque jour un peu plus la clarté de l’esprit critique et du libre arbitre…

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