Le 3 mai 2013 marque la 20 ème Journée mondiale de la liberté de la presse. Un triste anniversaire étant donné le record de journalistes décédés dans le cadre de leur fonction en 2012. De la Syrie au Pakistan en passant par l’Afrique du nord, les professionnels de l’information courent encore d’énormes risques pour couvrir l’actualité des pays arabes.

Décrétée en 1993 par l’Assemblée générale de l’ONU, la Journée mondiale de la liberté de la presse est l’occasion de « rendre hommage aux journalistes qui ont perdu la vie en exerçant leur profession ». Et le bilan de l’année 2012 est plutôt inquiétant. Ils sont 67 journalistes, tout média confondu, a avoir trouvé la mort au cours de leur travail l’an dernier. Soit le troisième record le plus élevé en termes de pertes humaines enregistré depuis 1992 !  Un bilan provisoire puisque le Committee to protect journalists (CPJ), une ONG basée aux Etats-Unis qui observe les abus contre les médias, enquête sur la mort de 30 autres journalistes tués en 2012 afin de déterminer si leur décès est lié ou pas à leur métier. En attendant, l’année 2009 reste la plus meurtrière, avec 74 journalistes tués en relation directe avec leur profession.

Syrie, le cimetière des journalistes

Sans surprise, la Syrie, qualifiée de « cimetière des acteurs de l’information », arrive en tête du classement international des pays où le plus grand nombre de journalistes a disparu. Selon le CPJ, ils sont 28 à avoir trouvé la mort en 2012, soit sur les champs de combat, soit victimes d’assassinats ciblés perpétrés par les forces gouvernementales ou de l’opposition. Les quatre seuls journalistes internationaux à avoir perdu la vie en 2012 ont d’ailleurs péri en Syrie. Depuis le début de l’année, 7 de leurs confrères ont connu le même sort. Envoyé spécial en Syrie pour le quotidien italien La Stampa, Domenico Quirico, qui n’a plus donné signe de vie depuis le 9 avril, est à ce jour le dernier porté disparu, indique Reporters sans frontières.

« En pleine première guerre YouTube »

Pour la 2 ème année consécutive, la Syrie figure à la quatrième place de l’index sur la liberté de la presse dans le monde de Reporters sans frontières (RSF), derrière le « trio infernal » composé du Turkménistan, de la Corée du Nord et de l’Erythrée. La faute à un enlisement dans la guerre civile, qui fait du conflit syrien « le plus difficile que nous ayons couvert », estime Paul Wood, correspondant de la BBC au Moyen-Orient et ex-reporter en Irak. Une couverture clandestine des affrontements étant donné que le gouvernement de Bachar al-Assad limite l’accès de son territoire à la presse internationale. « Nous nous sommes cachés dans des camions de transport de légumes, nous avons été poursuivis par la police syrienne ; on ne pouvait s’en sortir qu’en essayant de faire nos reportages secrètement », témoigne Paul Wood. A l’image de ce qui se passe en Syrie, les envoyés des médias nationaux traditionnels ne sont plus les seuls exposés. Ainsi, 13 journalistes de nouveaux médias (média en ligne, journalistes citoyens etc.) ont payé un lourd tribut en 2012 pour avoir voulu témoigner de la réalité des massacres en Syrie, précise le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). « On a l’impression que nous sommes en pleine première guerre YouTube », considère Paul Wood. « Un homme tient une mitrailleuse et deux hommes à côté de lui tiennent des téléphones portables avec appareils photo », souligne ce correspondant de la BBC, qui tient à préciser qu’en Syrie les journalistes sont constamment face au danger. « Nous avons vu des journalistes pro-gouvernementaux pris pour cible par les rebelles, et cela est un secret de polichinelle. Mais les journalistes citoyens de l’opposition disent que le régime a l’intention de les cibler en tant que journalistes », confie-t-il.

Agressions, assassinats ciblés, menace de mort… c’est aussi le lot des reporters originaires ou installés au Pakistan. Ce pays, où le plus grands nombres de journalistes se faisaient tuer pour informer en 2010 et 2011, a baissé cette année de deux crans, se rangeant troisième de l’index mondial des pays les plus meurtriers pour les journalistes, avec 7 d’entre eux tués en 2012 dont 4 au Balochistan. C’est effectivement dans cette région, la région la plus pauvre du Pakistan et en proie à d’interminables séries de violences entre de nombreux groupes ethniques et politiques, que les journalistes sont le plus menacés. « Le fait que les journalistes soient si souvent pris pour cibles dans le Baloutchistan est dû au mouvement nationaliste », déclare Malik Siraj Akbar, fondateur et rédacteur en chef du quotidien en ligne The Baloch Hal et originaire du Baloutchistan, qui vit maintenant aux États-Unis. « Il y a un mouvement de révolte contre le gouvernement dans toute la province du Baloutchistan. Lorsqu’un journaliste est tué à Khuzdar et que le gouvernement ne prend aucune mesure, cela ne fait que promouvoir une culture de l’impunité et enhardir le ciblage des journalistes ailleurs », ajoute-t-il.

Afghanistan, Irak et Libye en progrès

Parmi les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, le Sultanat d’Oman se distingue par la plus forte baisse enregistrée en 2012. Secoué par des mobilisations socio-économiques, Oman chute de 24 places en l’espace d’une année dans le classement de RSF pour se ranger à la 141ème position. Selon RSF, presque la moitié des citoyens journalistes et des blogueurs a été inquiétée par les autorités omanaise pour crime de lèse majesté et crime de cybercriminalité.

Mais le bilan de l’année 2012 compte aussi des pays arabes où le métier de journaliste est de plus en plus respecté et protégé. Ainsi en Afghanistan, en Irak et en Libye, trois pays ravagés par les tensions communautaires et longtemps pointés du doigt, l’exercice du journalisme est visiblement de moins en moins dangereux. Selon l’index 2012 de RSF, l’Afghanistan enregistre une progression sensible en gagnant 22 places et se rangeant à la 128ème position quand la Libye se hisse au 131ème rang, progressant de 23 places. Et pour la première fois depuis 2003, aucun journaliste n’est mort en Irak en 2012 pour avoir eu le tort de faire son métier, se félicite le CPJ.