Les sociétés maghrébines, et en leur sein notre génération en particulier, s’interrogent : la politique a-t-elle encore un sens à l’heure où nos pays sont presque tous dirigés par des hommes malades au sens propre du terme  ? Quand on a le sentiment que le changement promis depuis une éternité ne peut être réalisé qu’au prix de subir des gouvernants incapables physiquement d’assumer leurs fonctions, quelle crédibilité peut-on accorder encore à nos autorités politiques ? L’intérêt général du Maghreb, aujourd’hui fragmenté par les intérêts géopolitiques, ne doit-il pas être défendu par d’autres Chefs d’Etats, des Présidents ou des Rois au moins en bonne santé qui peuvent discerner entre le juste et l’injuste, le bon du mauvais, le performant du contre-performant ? 

C’est le débat du moment. L’ensemble des pays maghrébins subissent de plein fouet la maladie de leurs élites qui s’accrochent au pouvoir comme du velcro. Après l’Algérie et l’absence prolongée de Bouteflika, c’est au tour des mauritaniens de réclamer la vérité sur l’état de santé de leur Président Ould Abdel Aziz qui suit aussi un traitement médical dans la capitale française. Là aussi, le mystère est savamment entretenu même si le Président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, a pris le soin d’affirmer dans une interview accordée récemment à la chaîne française France 24, qu’il sera au pays dans 4 jours pour exercer ses pouvoirs après avoir séjourné à Paris depuis près de 3 semaines, pour des raisons liées à son état de santé. Mais ces assurances n’ont guère convaincu les mauritaniens et la Coordination de l’Opposition Démocratique a appelé, lors de sa dernière sortie médiatique, dimanche dernier, le pouvoir en place à publier un bulletin sur la santé du chef de l’Etat Mohamed Ould Abdel Aziz certifié par les médecins français qui le traitent. Le doute s’est emparé des esprits également au Maroc depuis que des informations de plus en plus concordantes ont indiqué que le  roi du Maroc Mohammed VI est souffrant et se repose dans son château à Betz, situé en Picardie, en France.

Comme en Algérie, au Maroc un silence radio règne autour de l’état de santé de Mohammed VI. La presse marocaine  subit l’interdiction de faire allusion à ce sujet. Les spéculations vont bon train et les rumeurs sèment la panique dans un pays où la monarchie demeure sacrée et intouchable. Son appareil répressif n’hésite jamais à prouver son ingéniosité et sa férocité lorsque des manifestants tentent pacifiquement de remettre en cause cette vérité. Comme Abdelaziz Bouteflika,  le monarque marocain souffre d’une maladie passée sous silence par les médias. Pour l’heure, seul un journaliste espagnol d’El Imparcial, Pedro Canales,  a révélé que Mohammed VI souffre d’une insuffisance rénale ou d’une maladie de foie qui l’obligerait ainsi à se déplacer régulièrement en France. Est-ce vrai pour autant ? Personne ne peut le vérifier au regard de la chape de plomb de la censure qui pèse de tout son poids sur les citoyens marocains.

Maroc, Algérie et Mauritanie, ces pays maghrébins vivent au final le même drame, celui d’un destin national qui se dessine sans que les populations ne soient aucunement consultées. Le drame d’un avenir politique qui les exclut de tout et de rien. Un drame écrit brillamment par ses Présidents et monarques malades qui cachent à leurs peuples leur maladie par peur de leur inspirer la pitié. Une pitié qui mène vers la révolte. Et une révolte qui mène vers la liberté…