C’est officiel : l’Algérie a trouvé l’homme qui va la sauver de son malheur et la guérir de ses incertitudes. Cet homme s’appelle Rached Ghannouchi. Le leader historique du parti islamiste tunisien Ennahda, qui dirige la Tunisie depuis la fin de 2011, est venu à Alger pour nous remettre dans le droit chemin.   « Je ne vois pas pour quelle raison l’Algérie ira chercher aujourd’hui un Président puisqu’elle en possède déjà un qui occupe la place naturelle qui lui sied et qu’il mérite », a-t-il, d’ailleurs, dit sur un ton prophétique.

Alors voisins algériens, arrêtez de vous inquiétez pour l’avenir de votre pays ! Cessez de réclamer le changement et le départ d’un Président malade incapable de diriger le pays et prier Dieu chaque jour afin que votre Chef d’Etat revienne le plus rapidement possible !  Voici en somme le message messianique délivré par le chef islamiste qui nous veut, naturellement, du bien et ne souhaite pour l’Algérie que le meilleur du monde possible. Preuve en est, « je ne suis pas un électeur dans ce pays, mais je dirai que le poste de Président est occupé par quelqu’un qui le mérite », a-t-il nuancé pour calmer notre colère qu’il imaginait grandissante à son égard au regard de son ingérence dans les affaires d’un pays qu’il ne connaît nullement et sur lequel il ne cesse de cultiver les préjugés. Pour sa part, le gouvernement algérien, favorable au statut-quo et au règne sans partage, a trouvé donc un nouveau porte-parole. Rached Ghannouchi a, effectivement, bien joué ce rôle peu enviable puisqu’il s’est permis, sans que personne ne lui demande quoi que ce soit, d’intervenir sur une question qui ne le concerne ni de près ni de loin.  Mais Rached Ghannouchi est un bon islamiste. Et en bon islamiste, il veut faire plaisir aux officiels algériens qui l’ont accueilli chaleureusement. Dès lors, pour leur renvoyer l’ascenseur, le leader d’Ennahda n’a pas trouvé mieux que de mettre les pieds dans un plat amer que les algériens ne savourent guère. Rached Ghannouchi est un politicien visionnaire. Mais sa vision se réduit à l’obséquiosité qu’il adopte comme comportement lorsqu’il se déplace à Alger où il veut ménager les susceptibilités des autorités qui n’ont jamais apprécié l’accession au pouvoir d’un parti islamiste en Tunisie, cette voisine devenue encombrante.

Mais Ghannouchi est un dirigeant islamiste habile. Et il fait honneur à son statut. Il n’hésite pas à manquer de respect à l’intelligence des citoyens Algériens, puisque ces derniers ne possèdent aucune portion de pouvoir dans leur propre pays, pour caresser dans le sens du poil des dirigeants avides d’inepties et de louanges surfaites. Oui, Ghannouchi plaide publiquement pour le maintien de Bouteflika à la tête de l’Etat algérien. C’est, peut-être son droit. Mais ce n’est certainement pas son devoir de s’inviter dans un autre pays, même s’il est voisin, pour venir faire la morale à un peuple qui réclame une alternative crédible à l’absence prolongée de son Président. Ghannouchi ferait mieux d’essayer de parler aux Algériens, de tenter de les comprendre, au lieu de les snober ainsi pour leur donner des leçons dans l’art de l’hypocrisie politique. Rached Ghannouchi n’aime pas le régime algérien. Tout le monde le sait. Toutefois, Ghannouchi a besoin de ce régime pour continuer à asseoir son contrôle sur la Tunisie. Cela aussi, les Algériens l’ont compris. Fallait-il pour autant  de les prendre pour les dindons de la farce ?