Dans la commune d’Argenteuil, près de Paris, une rue porte maintenant le nom du célèbre artiste kabyle Matoub Lounès, assassiné le 25 juin 1998. Plusieurs rues françaises ont déjà été baptisées à son nom, alors que dans son propre pays, ni place ni impasse ne portent son patronyme.

Deux rues de la ville d’Argenteuil ont officiellement changé de nom samedi dernier. La cérémonie d’inauguration s’est plus apparentée à un hommage rendu à deux chanteurs populaires, l’un Français, Jean-Ferrat, l’autre Algérien, Matoub Lounès.  «Ce sont deux artistes très importants», a déclaré le député-maire d’Argenteuil Philippe Doucet. Il s’agit de «deux hommes, de deux époques et deux cultures» marqués par l’engagement à travers la chanson populaire, a-t-il ajouté au cours de la cérémonie.

La carrière artistique de Matoub Lounès a été fortement marquée par son engagement politique. Cet Algérien, né en 1956 à Taourirt Moussa Ouamar dans la wilaya de Tizi Ouzou, a longuement milité pour la cause identitaire amazigh et la reconnaissance de la langue berbère. Il a également célébré les combattants de l’indépendance algérienne tout en fustigeant les dirigeants de son époque qu’il a accusé de confisquer la liberté d’expression. Au début des années 1990, il s’est fortement opposé au terrorisme islamiste, condamnant notamment l’assassinat d’intellectuels. Il est lui-même enlevé le 25 septembre 1994 par un groupe armé. Toute la Kabylie se mobilise alors pour sa libération, qui intervient finalement le 10 octobre. Un livre et plusieurs albums plus tard, il est assassiné sur la route à proximité de son village en Kabylie, le 25 juin 1998. Un soulèvement populaire est provoqué par sa mort dans la région. Le GIA revendiquera son assassinat le 30 juin.