Le salafisme fait encore parler de lui. A la veille de Ramadhan, les habitants du village Imzizgou, le plus grand de la commune de Fréha, à 30 Km au Nord-Est de Tizi-Ouzou, ont décidé de « chasser » deux imams qui officient dans deux de leurs mosquées. La raison ? Les fonctionnaires de l’Etat refusent d’appliquer les coutumes locales.

Les villageois, réunis à deux reprises, ont donné un ultimatum d’une semaine aux deux imams afin de quitter le village. L’un d’entre eux, qui prêchait au sein de la nouvelle mosquée, a été « muté » par la Direction des Affaires religieuses. Il ira « sévir » dans un autre village, protestent les villageois. Quand au second, il s’est apparemment excusé.

Selon plusieurs sources, la raison de la colère de la population remonte à vendredi dernier. L’imam incriminé avait refusé de dire la prière sur un mort du village. Il a estimé que « lire le coran » et « chanter des chants religieux » lors de la veillée funèbre est «illicite». La décision est de trop et les villageois décident de passer à l’acte.

Ce n’est pas la première fois que de tels incidents se sont produits en Kabylie. En 2010, les villageois du Village-Agricole de la commune de Timizart, à 30 Km au Nord de Tizi-Ouzou, avaient fait la même demande et obtenu la révocation de l’Imam. Ce dernier refusait même de prier sur des morts qu’il juge «impies » et voulait interdire aux villageois d’utiliser le haut-parleur de la mosquée pour annoncer des décès. Pis, le fonctionnaire des Affaires religieuses voulaient même interdire aux citoyens d’utiliser leur langue, le kabyle, dans la mosquée. Plus que tout, l’homme en question organisait des « rencontres nocturnes » avec les activistes salafistes de la région.

En 2010 et 2011, les villageois des Aghribs s’étaient opposés à la création d’une mosquée par les salafistes. Ces derniers voulaient ériger, non seulement une mosquée, mais une «école » avec dortoirs. La résistance des villageois et des autorités locales, qui avaient déposé plainte, a arrêté le projet.

La semaine dernière, les habitants de la région de Ouacifs, au Sud de la wilaya de Tizi-Ouzou, ont été surpris par une « caravane » salafiste qui demandait à la population locale de se rallier à ses convictions. Les citoyens ont violemment répondu provoquant ainsi une bagarre qui avait poussé les nouveaux «fous du Dieu» de rebrousser chemin.

Même les autorités gouvernementales ont tiré la sonnette d’alarme contre la nouvelle invasion salafiste. Le ministre des Affaires religieuses, Bouabdellah Ghelamallah, a même déclaré, le jour du début de Ramadhan, refuser de « transformer les mosquées en restaurants pour salafistes ».

A quand les actes ?

Essaïd Wakli