Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, effectue aujourd’hui sa première visite officielle en Algérie. Un séjour de deux jours, samedi et dimanche, pour renforcer le partenariat entre l’Union européenne et l’Algérie. Objectif numéro un : la signature d’un accord énergétique.

Invité par le Premier ministre Abdelmalek Sellal en personne, José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, est arrivé ce matin à Alger. Il effectue jusqu’à dimanche son premier déplacement officiel en Algérie. Loin d’une visite de courtoisie, le dirigeant européen d’origine portugaise s’entretiendra tour à tour avec des membres du gouvernement, les présidents des deux Chambres du Parlement, les ambassadeurs de l’Union européenne présents en Algérie ainsi qu’avec des hommes d’affaires algériens et européens, des intellectuels et des représentants de la société civile algérienne.

Et premier dossier sur la table des négociations, un mémorandum d’entente sur le partenariat stratégique sur l’énergie entre l’Union européenne et l’Algérie. Les relations algéro-européenne dans le domaine de l’énergie sont anciennes. Si l’Algérie achemine l’essentiel de ses volumes en gaz naturel vers les marchés européens, les exportations algériennes en gaz ne représentent en réalité que 15% de l’approvisionnement européen. Loin devant l’Algérie, la Russie et la Norvège sont les premiers exportateurs de gaz vers les pays membres de l’Union européenne.

Pour faire face à ses concurrents, l’Algérie mise sur la signature de ce mémorandum, rattaché à l’accord d’association, signé par les deux parties en 2005. Dénommé « Accord euroméditerranéen », cet accord établit une association entre la République algérienne démocratique et populaire, d’une part, et la Communauté européenne et ses Etats membres, d’autre part. Un article figurant sur cet accord relève de l’entente énergétique.

De son côté, José Manuel Barroso tient à rassurer le régime algérien sur l’importance des liens qui unissent l’Europe à l’Algérie, notamment en matière énergétique. « L’énergie est un domaine prioritaire du partenariat euroméditerranéen, car c’est un élément fondamental dans la construction d’une zone partagée de prospérité et de stabilité. Dans ce cadre, l’Algérie est un partenaire-clé pour l’Union européenne tant au niveau bilatéral qu’au niveau régional », a ainsi affirmé le numéro deux de l’Union européenne, dans un entretien accordé au quotidien Liberté, publié ce samedi.

Le mémorandum, qui devrait être signé au cours du séjour du président de la Commission européenne en Algérie, couvrira l’ensemble des types de ressources naturelles, tant conventionnelles qu’alternatives, a expliqué José Manuel Barroso à nos confrères de Liberté. « Comme vous le savez, l’Algérie est un fournisseur majeur de l’Europe en gaz naturel et l’Europe est de loin le principal client de l’Algérie, nous partageons donc là un enjeu stratégique important. Les énergies renouvelables sont un autre domaine dans lequel notre potentiel de coopération est très grand. La stratégie algérienne pour les énergies renouvelables est compatible avec la politique européenne, qui vise à la fois la sécurité et la soutenabilité environnementale des approvisionnements d’énergie. C’est pourquoi nous voulons appuyer le plan algérien en mettant à disposition l’expérience et les technologies européennes », a-t-il soutenu.

Répondant aux critiques émises par les opposants algériens à ce partenariat énergétique, qui estiment que l’accord est inégal et désavantage fortement l’Algérie, José Manuel Barroso a reconnu que « le volet commercial du partenariat UE-Algérie, dont l’accord d’association est le point d’ancrage, peut certainement être encore amélioré, élargi et diversifié. Je suis persuadé que plus d’échanges et d’intégration économique entre l’UE et l’Algérie est aussi dans l’intérêt de l’économie algérienne qui cherche à se diversifier, de se moderniser et d’attirer plus d’investissements. L’Union européenne est le partenaire naturel de l’Algérie pour réussir tous ces objectifs ».

Malgré tout, les doutes demeurent en Algérie quant à l’avenir des relations algéro-européennes dans le domaine énergétique. Membre du cercle des Echos, Dr Abderrahmane Mebtoul envisage un scénario noir pour l’Algérie dans les colonnes du journal Réflexions. « L’Algérie ne sera-t-elle pas contrainte de faire de nouvelles concessions aux Européens pour les préserver comme clients ? La concurrence de la Russie, qui recèle d’énormes réserves gazières, environ 30% des réserves mondiales, de la Norvège et du Qatar, met l’Algérie dans une situation de vulnérabilité dangereuse vis-à-vis de ses clients traditionnels.Pour l’Asie, le marché énergétique est dominé par les pays du Golfe, l’Iran et la Russie. Les GLN algériens pourront –ils se positionner sur ce marché, vu nos modestes réserves, qui ne dépassent pas 1,5% des réserves mondiales en gaz traditionnel (2000 milliards de mètres cubes gazeux selon la déclaration du PDG de Sonatrach en date du 24 février 2013), la consommation intérieure risquant horizon 2017 d’atteindre le même niveau que nos exportations actuelles au vi des récentes décisions de doubler la capacité d’électricité à partir des turbines de gaz, et seulement 0,5% des réserves mondiales pour le pétrole. Dès lors, les Européens vont demander certainement une révision des clauses des contrats, certainement une baisse des prix avec l’assouplissement de la formule de l’indexation des prix du gaz sur ceux du pétrole au profit de la loi du marché », s’interroge-t-il.