Après les Etats-majors, les comités révolutionnaires, les « Pères du peuple », les Pères fondateurs, les leaders de la décolonisation, les chefs de guerre de Libération, les « Frères », les « Maquis », les grandes figures du nationalisme et les colonels putschistes du XXème siècle, est venu le temps des théocratiens. Galaxie vaste des « Savants » de l’Islam alimentaire, source de l’autorité déplacée vers les marges et les mosquées, détenteurs de toutes les réponses, les « Google d’Allah ». Capables de vous répondre sur la sexualité, la géostratégie, le politique, l’armée, les ablutions, le savon bio, le couple, l’économie, l’énergie solaire et la dérive des continents ou les exorcismes. L’époque contemporaine des dits « arabes », n’a pas fait avancer la science humaine et sa Raison et sa conscience mais a produit, depuis deux décennies, une armée entière de théocratiens, « Ulémas », « Savants » qui peu à peu ont investi le champ de l’autorité et de l’opposition pour devenir de véritables pouvoirs alternatifs aux républiques et aux constitutions.

Cela se voit dans les villages avec les docteurs en Rokia et exorcisme, dans les villes avec les « Savants imams » de quelques mosquées réputées, puis au sein des Etats avec des « Conseil d’ulémas » et des autorités religieuses qui n’hésitent plus à se prononcer sur les intérêts bancaires les réformes économiques ou le rôle des polices, et au niveau transnational avec des organismes comme l’union internationale des savants musulmans.

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El Qardaoui, le cheikh « qataro-egyptien » est la figure illustrative de cette tendance « papale » qui se dessine dans notre monde : il lance des fatwas, trace des plans pour les armées, décide du sort de nations entières…etc. Il peut aussi à l’occasion discourir sur l’excision, le sionisme, le sexe et Facebook. Une version internationale du Cheikh Chemssou d’Ennahar TV, destinée à la consommation locale. La tendance se dessine depuis des années et aujourd’hui, les théocratiens, n’hésitent plus à revendiquer le pouvoir direct sur les peuples au noms d’Allah et s’imposent comme vis-à-vis de négociations pour les Etats et les nations ou les institutions. On est passé des époques ravissantes et glorieuses des « Che » (Guevara), à celle des Cheikhs « savants » en tout et qui se déclarent aujourd’hui autorité d’Allah et qui constituent la plus grande menace qui pèse sur les institutions des nations, les pays, les républiques, les mentalités, les politiques de développement, la sécurité et la stabilité. Ces gens-là disposent aujourd’hui de canaux médiatiques, de sponsors, de légitimités plus « fraiches » que celle des décolonisations et c’est ce qui les rend encore plus nocifs. Le ridicule moyenâgeux de leurs positions de « Savant » dans un monde de technologie de pointe, de spécialisation, de Think tank et de multinationale ne les fait pas reculer ni hésiter. Ils correspondent au exactement, en réalité, à l’âge de la conception philosophique que certains, beaucoup, se font du monde.

Figures inexistantes dans le reste du monde sauf avec le parallèle des chamanes et des guérisseurs. Preuve de notre bug dans le torrent des siècles : nous en sommes encore au 14ème siècle et nos « savants » sont à la pointe de nos régressions donc.