En ce début de mois spirituel, je me suis promis de ne pas m’emporter. De séjour à Paris, ni l’humeur des automobilistes, ni les métros bondés, ni même le fait de rompre le jeûne seul ne m’ont fait oublier cette promesse. Mais c’était sans compter sur un événement a priori anodin : une tentative de modification de billet dans l’agence Algerie – Ferries (ENTMV) de Paris Opéra.  Loin de moi l’idée de jeter la pierre à cette entreprise. J’ai en effet été très bien reçu dans les agences d’Alger et de Marseille et ma traversée Alger-Marseille s’est très bien déroulée. Mais ce qui m’est arrivé à l’agence de Paris m’a semblé suffisamment représentatif d’un mal profond dont nous souffrons pour faire cette contribution.

Voulant faire au mieux, j’appelle le matin avant de me rendre auprès de l’agence et l’on m’indique que je n’ai que jusqu’à 15h pour venir changer mon billet retour, les horaires de clôture (normalement 16h45) étant modifiés pour le ramadan. Je m’empresse donc dans le RER et le métro pour arriver à temps et ouf ! 14h45. Je rentre donc fièrement dans l’agence où l’agent m’indique qu’il faut prendre un ticket, et qu’il n’y a malheureusement plus de ticket. Je lui fais remarquer qu’il aurait alors fallu m’expliquer qu’il y avait un système de ticket et pas un horaire comme indiqué au téléphone. Je me vois alors aussitôt porté manu militari par un agent vers la porte de sortie.

Cela pourrait être amusant s’il s’agissait d’une bande dessiné, mais il se trouve que c’était la vie réelle (la mienne en plus). J’aurais pu disserter sur la notion d’Habeas Corpus avec mon « porteur » mais la scène était tellement irréaliste pour moi que tout ce qui a pu sortir de ma bouche était « mais pourquoi vous me touchez, je n’ai touché personne moi ».

Cela pourrait être amusant si cela ne reflétait pas un fléau destructeur pour notre peuple, en Algérie comme à l’étranger : le manque de respect mutuel entre Algériens. Le simple fait que je sois algérien a laissé penser à cet individu qu’il pouvait me prendre par le bras sans même écouter mes arguments. Aurait-il agit de la même manière si le « client » n’était pas maghrébin ? J’en doute. Comment demander aux autres de ne pas être raciste quand nous somme nous-même racistes entre nous.

Maintenant que la surprise a laissé place à la réflexion, je me demande comment nous en sommes arrivés là. Pourquoi un tel mépris de l’algérien pour l’algérien ? Pourquoi un représentant commercial oublie les usages classiques liés à sa fonction quand son interlocuteur est algérien ? J’ai d’abord cru à un héritage de l’époque coloniale qui aurait mené à une dépréciation de notre propre image, mais après en avoir parlé à mes proches j’ai cru comprendre que nous étions beaucoup plus courtois juste après l’indépendance qu’aujourd’hui. Je n’ai donc  pas la réponse, mais ce que je sais, c’est que je n’ai visité aucun pays dit « développé » où les habitants se méprisaient entre eux. Le développement commence peut-être par-là : l’estime et la politesse entre algériens.

M. Skander