Bachar Al Assad Syrie

Plus les heures passent, plus la liste des pays réfractaires à une intervention en Syrie s’allonge. Ajoutez à cela une dette colossale aux Etats-Unis et une opinion publique américaine opposée à la guerre. Syrie, mission impossible ?

L’intervention militaire en Syrie aura-t-elle lieu ? Alors que l’Occident jouait encore aux gros bras jeudi, la nuit semble avoir douché les espoirs des Etats-Unis de réunir une large coalition. Dans la soirée, c’est d’abord le Parlement britannique qui a voté contre sa participation à une guerre. Ce matin, c’est l’Allemagne qui exclut tout engagement militaire. L’Espagne fait preuve de prudence. Le Canada, allié de Washington, a indiqué ne pas envisager de participer à d’éventuelles frappes.  L’Italie a déjà fait savoir son opposition à une initiative non appuyée par le Conseil de Sécurité de l’ONU.

Or, le dialogue cette nuit des cinq membres permanents de ce Conseil a tourné à la farce. 45 minutes de réunion au cours de laquelle chaque pays a joué sa partition, sans évolution aucune des positions, puisque la Russie et la Chine ont réaffirmé leur refus d’une intervention militaire.

La seule surprise est venue de la France, étonnamment belliqueuse. A contre-courant de ses partenaires européens, François Hollande joue au va-t-en-guerre en déclarant dans le journal Le Monde de ce vendredi que le vote des députés britanniques n’entame en rien la détermination de la France à agir :

Chaque pays est souverain pour participer ou non à une opération.

François Hollande n’exclut pas une intervention avant mercredi, date à laquelle le Parlement français doit se réunir pour débattre d’une intervention. Un débat sans vote. Sur les objectifs d’une intervention en Syrie, le chef de l’Etat socialiste précise qu’il ne s’agirait pas de

libérer la Syrie ou renverser le dictateur, mais j’estime qu’un coup d’arrêt doit être porté à un régime qui commet l’irréparable sur sa population.

Voilà pour la position française. Elle vient apporter un bol d’oxygène à Barack Obama, qui, on le voit, peine à convaincre ses alliés de déclencher une guerre en Syrie. Le désarroi des Etats-Unis s’est exprimé ce matin par la voix du chef du Pentagone, Chuck Hagel :

Notre approche est de continuer pour trouver une coalition internationale qui agira de concert.

Si le consensus est inexistant à l’échelle internationale, il ne l’est pas davantage au sein même de l’administration américaine. Les tenants de l’option militaire insistent sur la nécessité d’envoyer un message sans ambiguïté à Bachar Al-Assad, lequel promet de répliquer violemment à toute agression. Les détracteurs de la guerre soulignent la faible marge de manœuvre financière dont disposent les Etats-Unis. En effet, le Trésor américain a prévenu, il y a trois jours, que le plafond de la dette sera atteint mi-octobre. Autrement dit : l’Amérique sera ruinée. Or, les expériences passées prouvent qu’une guerre coûte excessivement chère. Entre 4000 et 6000 milliards de dollars pour les seules guerres d’Irak et d’Afghanistan selon une étude d’Harvard publiée le 28 mars 2013.

La partie est d’autant moins facile pour Barack Obama, que l’opinion publique américaine est extrêmement réticente à l’ idée d’une nouvelle guerre. Au sein de sa majorité, Barack Obama voit des élus démocrates réclamer un vote au Congrès avant d’engager le pays dans une nouvelle aventure militaire.

A ce stade, les Etats-Unis semblent donc plus prompts à brandir des menaces qu’à agir véritablement. Même le positionnement de destroyers, avions de chasses et défenses antimissiles en Méditerranée s’apparente davantage à de l’intimidation qu’à une entrée en guerre imminente.

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