Kamel Haddar est l’initiateur de Talent Up ! Il est aussi le Fondateur et le président de l’association ATLAS, qui vise à promouvoir les talents algériens. Interview.

Comment vous est venue l’idée du programme Talent’s Up ?

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Ca vient de l’ADN d’ATLAS, l’association que j’ai créée en France. Nous voulions augmenter le nombre d’étudiants algériens dans les parcours d’excellence. Jusqu’ici, il y en a très peu et quand ils existent, ils ne se connaissent pas. Résultat : ces algériens ont du mal à peser dans la société civile dans laquelle ils vivent. Notre objectif, c’est d’augmenter leur nombre dans les parcours d’excellence, et en parallèle de structurer un réseau d’entraide et promouvoir les talents d’ATLAS. Pour augmenter le nombre d’algériens dans les grandes écoles, nous faisons du coaching des étudiants qui veulent accéder aux parcours d’excellence. En Algérie, nous orientons les étudiants qui veulent poursuivre leurs études en France. Eux s’inscrivent naturellement en université, nous les préparons pour notre part à intégrer les parcours d’excellence. Le problème fondamental,est qu’ils ne disposent pas assez d’informations et n’ont pas accès au financement pour les grandes écoles parce que le système de bourses a été arrêté en 2003. Pour pallier ces manques, Talent Up organise des conférences annuelles et y invite les étudiants des meilleures écoles algériennes. Nous leur expliquons pourquoi c’est important de faire ces parcours-là, et d’avoir une expérience à l’international.

Concrètement, en quoi consiste le coaching ?

Chaque coach prend en charge un élève de manière intensive. Deux à trois semaines, à raison de 3 heures par jour. Les coachs peuvent être ici à Alger, ou à distance, à Londres, à Paris … Dans ce dernier cas, le coaching se fait par Skype. Nous apprenons aux candidats aux Grandes Ecoles à bien se présenter, s’exprimer, avoir confiance en soi, construire son projet professionnel, déminer les questions pièges du jury. Finalement, on se rend compte qu’ils ont la capacité d’intégrer ces parcours d’excellence, mais que le système éducatif algérien ne leur donne pas suffisamment confiance en eux. Le leadership, croire en son projet, c’est l’éléments manquant, pas le talent.. Ce n’est pas dans le corpus de la formation. J’ai vu des étudiants brillants, mais bridés. Tout ce qu’on a fait, c’est les débrider en leur donnant quelques clés, quelques techniques et leur donner en confiance en eux.

Est-ce que ça a été facile de monter un tel projet ? Quelles ont été les réticences ?

Les étudiants au début se demandaient pourquoi on voulait les aider. Nous, tout ce qu’on veut, c’est que l’élite algérienne se reconstruire. Qu’on soit comme nos voisins, dans des positions clés dans des entreprises importantes, ou des grandes institutions internationales. Au lieu de faire appel à des expatriés, on peut faire appel à des algériens avec une expérience internationale. Ce serait mieux pour les entreprises, et l’Etat algérien.Autre principale difficulté à ce jour, c’est le financement.

On a lancé un appel pour le rétablissement des bourses, mais pas d’écho pour l’instant. Dans les années 2000, Abdelaziz Bouteflika a stoppé le système des bourses pour les personnes du supérieur qui veulent accéder aux Grandes Ecoles. L’autre possibilité, c’est le financement des études par les entreprises. Mais là encore, il y a un problème de réglementation vis-à-vis du contrôle des changes. Pour faire sortir des devises d’Algérie, c’est la croix et la bannière. Juste impossible. C’est un vrai problème pour financer ses études à l’étranger. Les étudiants algériens sont pénalisés face à leur voisin marocain ou tunisien et cela se traduit par le niveau de leur élite politique et économique (cf. diplôme des ministres marocains).

Cela fait trois ans que Talent Up existe. Quel bilan en tirez-vous ?

Le taux de réussite est de 100% depuis deux ans déjà ! Ca veut dire que 100% des élèves coachés intègrent une grande école ! On avait commencé haut, avec 83%. Maintenant, il faut continuer comme ça. Nous sommes passés de 5 étudiants à 22 acceptés par an dans les meilleures écoles : ESCP, HEC, ESSEC, EM LYON …Maintenant, nous voulons nous attaquer au financement. Il faudrait que pour ce genre d’initiatives, les étudiants puissent être sponsorisés depuis l’Algérie. Si l’Etat ne veut pas le faire, qu’il laisse au moins cette possibilité aux entreprises. La Banque Centrale doit se prononcer sur le sujet.

Vous n’aviez jamais vécu en Algérie avant. Pourquoi un engagement pour ce pays ?

Effectivement, j’ai grandi en France. Et je crois qu’en France, quand on veut vraiment, on peut. Les systèmes sociaux et éducatifs mis en place sont efficaces. En Algérie, le pays d’origine de mes parents, le système est défaillant. J’ai pu faire de grandes écoles parce que mes parents m’ont poussé et parce qu’en France, j’ai pu avoir des bourses qui m’ont permis de poursuivre mes études. Je n’aurais sans doute pas pu le faire en Algérie.Je me suis demandé comment être utile. Je crois profondément que les fondations d’une nation sont l’éducation, la santé et la justice. Je n’ai pas la main sur la santé et la justice, mais je peux contribuer à ce que le système éducatif algérien produise davantage de talents. C’est pour ça que je me suis engagée. A titre personnel, je veux aider à créer la nouvelle génération de leaders en Algérie. Trouvez-vous ça normal que l’Algérie ne figure ni dans les classements des meilleurs du monde, ni dans les classements africains quelque soit le domaine même le « oil and gas  qui est censé être notre expertise»?Le pays forme des étudiants brillants d’un point de vue technique, mais totalement absents sur le management !

Vos détracteurs vous accusent d’organiser la fuite des cerveaux. Que leur répondez-vous ?

Qu’ils se trompent. Ce n’est pas moi qui décide. C’est la France avec le nombre de visas accordés qui s’élèvent au nombre de 5 000 visas par an.Aujourd’hui 0,5% des étudiants Algériens en France sont dans les bancs des grandes écoles. Il faudrait que la tendance s’inverse. Talent Up intervient pour que les étudiants fassent les bons choix plutôt que de petites universitésqui ne leur apportera très peu de débouchés surtout dans la conjoncture actuelle en Europe et particulièrement en France. A ceux là je leur dit, plutôt rester en Algérie, vous vivrez mieux.. Personnellement, je considère qu’un algérien qui réussit, en Algérie ou en-dehors des frontières, c’est une richesse pour la Nation d’origine.Cela est prouvé par toute la communauté scientifique qui travaille sur le sujet. A la charge pour l’Etat d’avoir un pays attractif pour ses enfants. Pas l’inverse.