C’est devenu officiel. L’extradition de Abdelmoumène Khalifa ne relève plus du domaine de la spéculation, de la projection ou de la polémique. Le magnat, en cavale depuis une dizaine d’années, croupit actuellement à la prison de Blida, à 40 Km d’Alger, en attendant son jugement par le tribunal de Blida.

Cette extradition, qui a notamment surpris les opposants qui avaient juré que les Britanniques ne vont jamais livrer l’ancien homme d’affaires, laisse place maintenant à d’innombrables questions. Parmi les interrogations que les observateurs se posent, on trouve celles liées à l’implication de hauts responsables dans ce scandale qui a pris en haleine l’opinion publique algérienne et internationale. Car, depuis l’éclatement de l’affaire, en 2003, des noms de hauts dignitaires du régime sont cités comme étant des personnes qui se sont sucrés à la table de Khalifa. La presse, mais aussi la rumeur publique, citent pêle-mêle les frères du chef de l’Etat, des ministres réputés être proches du palais présidentiel, des opposants, à l’image de l’entourage de Ali Benflis et même de hauts cadres de l’armée.

Lors du déroulement du procès, au printemps 2007, des avocats évoquent certains noms, à l’image de l’actuel ministre de l’Intérieur, à l’époque Gardes des Sceaux, mais personne n’a réussi à apporter la preuve de leur culpabilité. Des sources relayées par des avocats insistent sur le fait que le dossier de l’agence Khalifa Bank de Koléa, à Tipaza, a tout simplement disparu au cours de l’instruction. C’est dans cette agence que Tayeb Belaiz aurait contracté des prêts auprès de la banque privée.

D’autres responsables, qui ont comparu comme témoins lors du procès de 2007, ne sont jamais inquiétés, alors que de gros soupçons pèsent sur eux. C’est le cas de l’actuel président du Conseil constitutionnel Mourad Medelci qui, devant les questions de la juge Brahimi, avait fini par lâcher : « je n’ai sans doute pas été suffisamment intelligent ». A l’époque de l’éclatement du scandale, Medelci était ministre des Finances. C’est son département qui était donc sensé contrôler les banques.

Boudjerra Soltani et Abdelmadjid Sidi-Saïd, confrontés à des témoignages qui les mettaient en relations directe avec les dépôts de grosses sommes appartenant aux caisses sociales (CNR et CNAS notamment) étaient également sortis indemnes du tribunal de Blida. « J’assume ! », avait, pourtant, indiqué le secrétaire général de la Centrale syndicale. « Ne vous inquiétez pas, vous n’êtes ici qu’en tant que témoin », avait rassuré la juge. Pour le reste, il sera difficile au prévenu de prouver ses accusations. Car, il faut s’attendre à ce que Khalifa tente d’impliquer des personnalités haut placées. « Il ne pourra pas prouver », a anticipé Moncef Badsi, liquidateur du groupe Khalifa.

Argent inexistant

Si les observateurs excluent la tenue d’un procès avant l’élection présidentielle –un complément d’enquête est envisageable- le sort de l’argent des épargnants semble être scellé. Le liquidateur, Moncef Badsi a remboursé quelques petits épargnants, mais il est pratiquement impossible de trouver toutes les sommes nécessaires. Trouver plus de 3 milliards de dollars chez un groupe qui ne compte pratiquement plus d’actifs relève de l’exploit. Car, quelques mois après l’écroulement du groupe, le liquidateur s’est rendu compte que les sociétés du groupe n’avaient pratiquement pas de biens. Tout était, en fait, loué ou en leasing. Du groupe Khalifa, il ne restait que le mobilier et les micro-ordinateurs. Le liquidateur et son équipe avaient récupéré une partie des sommes données comme crédit. Mais une bonne partie de l’argent est partie dans les soirées mondaines qu’organisait le magnat. Ce dernier offrait également des cadeaux dont les montants se chiffraient à des milliards de dinars.

Une chose est certaine : l’argent des gras dépositaires, notamment les organismes publics, ne sera plus jamais retrouvé.

Essaïd Wakli