L’Algérie célèbre, en même temps que le reste du monde, la journée internationale des Droits de l’Homme.  C’est l’heure de faire des bilans et de regarder vers l’avenir d’un pays qui va vivre, au printemps, un des plus importants rendez-vous de son histoire, à savoir l’élection présidentielle.

La déclaration universelle des Droits de l’Homme a aujourd’hui 65 ans. Mais des principes de ce document élaboré par l’Organisation des Nations-Unies, resté jusqu’à maintenant la seule référence mondiale en la matière, il ne reste pas grand chose dans certains pays, à l’image de l’Algérie.

Cet aniversaire, qui coïncide avec l’hommage planétaire rendu à Nelson Mandela, est l’occasion pour des personnalités nationales, défenseurs des Droits de l’Homme et associations de faire le bilan et le constat dans notre pays. C’est le cas de l’avocat Miloud Brahimi qui, dans une intervention accordée ce matin à la radio nationale, estime que « l’Algérie enregistre d’énormes avancées » en matière de la protection des Droits de l’Homme. Il a cité notamment « la liberté de la presse et d’opinion » qui sont, à ses yeux, en avance par rapport aux autres pays de la région. Mais l’avocat ne veut pas s’enflammer. Il donne d’autres contre-exemples : les droits de l’Homme, dit-il, c’est aussi le droit d’un chômeur de trouver un travail. Autrement dit, le compte n’y est toujours pas. « De toute façon, les Droits de l’Homme ne sont pas dissociables de la démocratisation du pays de manière générale ». Et en la matière, l’Algérie a encore du chemin à faire.

L’ONG Amnesty International fait pratiquement le même constat. « En comparant la situation d’aujourd’hui à celle des années 1990, on peut dire qu’il y a une nette amélioration », indique Hassina Oussedik, présidente de Amnesty en Algérie dans un entretien au site TSA. Mais l’organisation de défense des droits de l’Homme, relève elle aussi, des manquements. Elle met notamment en cause l’impunité qui a marqué la période des années 1990.

Même le « défenseur officiel » des Droits de l’Homme en Algérie, Farouk Ksentini, reconnaît des «avancées » dans le dossier. Mais il concède, lui aussi, que « beaucoup de chemin reste à faire ».

Ces limites dans l’avancée des Droits de l’Homme en Algérie sont vérifiables aujourd’hui même. Deux rassemblements ont été empêchés par la police. Des organisations de défense des Droits de l’Homme ont tenté d’organiser un rassemblement devant le Palais du gouvernement. En vain. Les policiers ont violemment empêché, une nouvelle fois, les familles des disparus de la décennie noire de protester devant la Grande-Poste, à Alger. Une curieuse manière de concevoir les Droits de l’Homme, surtout le jour où le président du pays reçoit le prix national des droits de l’Homme par la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’Homme.

Essaïd Wakli

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