Qu’est-ce qu’un peuple ? C’est ce qui reste quand on écarte la foule, les gens que l’on déteste, les malfrat, les assis, les nus, les émeutiers, les colériques, les serviteurs du régime. C’est-à-dire quand il ne reste rien que l’hymne et le poème.

Le peuple est un concept pour qui l’on meurt, pour qui l’on se sacrifie et avec qui on discute quand on veut avoir de grandes idées et une fin honorable. C’est comme l’amour, mais avec des millions d’enfants et la mort pour épouse. Un peuple se mange, se dégrade, se dissout ou se lève ou s’assoie ou se chante et se disperse dans le rassasiement. La guerre de Libération ou un match de foot contre l’Egypte peuvent en accoucher, le socialisme peut en corrompre le sens et la semoule pour en tuer l’essence. Aujourd’hui ? L’Algérie a détruit son peuple pour ne garder que sa foule : une hideuse multitude cupide, veule, mal éduquée, sournoise, colérique, violente et qui ne voit le monde que comme un pain et l’art que comme une dépravation sexuelle ou  presque. C’est ce que le régime a fait du peuple algérien : un slogan et des semelles.

Difficile de le dire et de l’admettre et de l’avouer, mais le peuple algérien n’existe presque plus, ou si rarement ou tellement peu qu’il devient un miracle. Deux décennies d’encanaillement on accouché d’une nouvelle jeunesse façon Chourouk/Ansej qui ne croit en rien et qui arrache ses nourritures par la force et pas par l’effort et qui coupe la route, pas la barbe. On a beau parler de régime, d’injustice et de victime, mais chacun de nous croise ce peuple, chaque jour et évite d’en fixer trop longtemps la face hideuse et la laideur alimentaire et l’obésité mentale et la maigreur su sens. Qui a fabriqué l’autre ? Le régime ou le peuple ? On ne sait plus entre régime et foules. On ne sait plus si ce peuple est le produit du régime ou si ce régime est le produit de ce peuple qui n’existe plus.

Du coup, lorsqu’on comprend que le peuplen’existe pas, qu’il y a seulement des classes sociales, de la semoule et du pétrole, tout s’éclaire et on s’adosse au mur et on baisse les bras presque : on nepeut plus alors parler de khalifa, de Saïdani, du DRS, du FLN, du RND et des enfants de chouahada ou desenfants de criquets parce qu’on aura compris que cepeuple est gouverné non pas par un régime, mais par ses propres impuissances, sa vilenie, ses lâchetésintimes, ses cupidités, ses peurs surtout. Saidani n’est qu’un instrument de musique et la musique est jouépar le ventre et le bas ventre.

Quand on n’a pas de peuple, on a le reste de ce qui se passe chez nous, qui scandalise mais sans faire bouger le muscle, qui indigne mais sans réaction, qui offusque mais sans révolution. La fin de l’année ?En quoi ? En rien : elle inaugure son propre retour : vous aurez à manger du Bouteflika, de l’Ansej, de sa religion des gueux et des dévots, du Chourouk et de l’ANSEJ et des fatwa sur l’obligation de manger trois dates à la rupture du jeûne.

Et cela blesse l’image que l’on a des siens, l’image idéalisée, mais cela est la réalité : celle du feu rouge grillé et de la saleté ambiante. Cela indigne une telle indignation, mais cela est une erreur que de la croire insultante alors qu’elle n’est que vérités blessantes. Le sentiment de fusion qu’ont certaines élites avec le concept de « peuple » les rend myopes, susceptibles et les fourvoie dans de fausses amours.  Ce peuple n’existe plus, il faut en accoucher encore une fois. Cela explique tout ce qui nous arrive. Rend logique notre écrasement et transforme en justice notre injustice subie. Un peuple qui explique que la femme est une impureté, qui croit que les ablutions le lavent de ses crimes et ses actes, qui défend Dieu en se prenant pour Dieu, qui parle de complot juif, de l’Islam comme d’une excuse, qui déteste l’humanité, qui se prend pour un héros à cause d’une seule guerre gagnée et qui refuse d’écouter, d’accepter et d’apprendre, n’est pas un peuple.

C’est juste une foule accrochée à un pays de carottes. Réveillez-vous ! Réveillez-les ! Khalifa ou Saïdani ne sont rien à coté de ce naufrage. Quand un malade arrive à s’imposer à un peuple, c’est que ce peuple est un mort. C’est simple et c’est tout.