Après plus de dix années de procédures, de plaintes et de polémiques, l’ancien magnat, homme d’affaires et un temps « golden boy » du régime, Rafik Khalifa va finalement être extradé vers l’Algérie.

Au-delà du fait que la procédure judiciaire a atteint son terme en Angleterre, les interrogations se poursuivent en Algérie. Car, même si le « golden boy » a déjà été jugé et condamné, en 2007, à la réclusion à perpétuité, le procès devra être réorganisé. La présence du principal accusé devant les juges dans l’affaire, qualifiée de « procès du siècle » par de hauts dirigeants, à commencer par l’ancien Premier ministre, Ahmed Ouyahia, changera tout. En effet, lors du procès de 2007, tous les regards, tous les témoignages et toutes les attaques s’étaient dirigés vers un seul homme : Abdelmoumen-Rafik Khalifa. Une situation qui renseigne sur le poids qu’avait pris le jeune patron d’alors dans un groupe qui a connu une ascension aussi fulgurante que sa chute.

Quelques jours à peine après le verdict, Moumene Khalifa soutenait encore, dans une interview accordée à la chaîne de télévision qatarie, al-Jazeera, que ce qu’il faisait était « légal ». Pis, dans la foulée d’une attitude qui s’avérait être beaucoup plus la réaction d’une bête blessée, le milliardaire déchu cite le président de la République, Abdelaziz Bouteflika. C’est ce dernier « qui m’a demandé d’acheter 5 Mercedes pour la présidence », s’était-il défendu.

Etrange disparition de certaines pièces du dossier

C’est justement à ce niveau que le problème se pose. Puisque des témoignages, y compris ceux provenant de hautes personnalités, font une allusion à de responsables hauts placés qui auraient aidé puis utilisé le milliardaire, présenté au début des années 2000 comme un exemple de réussite pour un pays qui venait de sortir d’une décennie sanglante. Mais la juge du tribunal de Blida, au même titre d’ailleurs que tous les autres juges d’instruction qui se sont penchés sur une affaire extrêmement complexe, n’ont jamais répondu à des questionnements pourtant étranges, relatifs à l’implication de responsables dans ce scandale qui avait coûté des milliards de dollars à l’Etat et aux épargnants. Beaucoup avaient mis en cause, par exemple, le fait que le dossier concernant l’agence Khalifa Banque de Koléa, dans la wilaya de Tipaza, a étrangement disparu au cours de l’instruction. Des avocats de certains accusés indiquent que l’actuel ministre de l’Intérieur, à l’époque Garde des Sceaux, serait directement cité si le dossier de cette agence était ouvert.

Mais comme dans d’autres affaires de ce genre, ce sont souvent les « petits poissons » qui paient. Puisque personne n’a, par exemple demandé à Abdelmadjid Sidi-Saïd, patron de la Centrale syndicale, de s’expliquer lorsqu’il lance à l’adresse de la juge Brahimi : « j’assume ». « Ne vous inquiétez pas, vous êtes ici uniquement comme témoin », rassure la magistrate.

La question que se posent maintenant beaucoup de citoyens est celle de savoir si le procès aura lieu. Les autorités ne craignent-elles pas le grand déballage ?

Essaïd Wakli

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