Ghardaïa encore et toujours ! Le nom de cette belle ville réputée naguère pour ses palmeraies, son patrimoine séculaire et ses atouts touristiques est désormais définitivement associée aux violences tribales et aux affrontements communautaristes. 

Comment en sommes-nous arrivés là ? C’est la qustion que se pose tous les Algériens lesquels assistent dubitatifs face à ce sempiternel spectacle de violence où les maisons sont incendiés, les commerces ravagés, les bléssés se comptent à chaque fois par dizaines, les écoles fermées et une région toute entière plongée dans le désarroi. A chaque fois, les autorités algériennes dépêchent sur les lieux des milliers de policiers et d’agents des forces antiémeutes. Mais sans succès car le feu fini toujours par s’embraser à nouveau. L’Etat algérien s’avère donc incapable d’éteindre le feu de la fitna à Ghardaïa. Les solutions sécuritaires qu’il tente d’apporter s’avèrent aussi inefficaces. N’est-il pas en décalage vis-à-vis de ce conflit communautaire qui dure depuis des décennies ? Beaucoup d’acteurs de la société civile commencent à penser que l’Etat adopte expréssement une posture démissionnaire en abandonnant des valeurs républicaines chères à tous les Algériens.

De la réconciliation …

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Incapable de protéger les biens et vies de ses citoyens, l’Etat algérien a failli à l’une de ses principales missions. Et pourtant, dés 2008, de nombreux efforts ont été fournis pour réconcilier les ibadites et les malékites, les deux communautés éternellement en conflit à Ghardaïa. A l’époque, les autorités algériennes ont imposé un dialogue qui a duré plus d’une année entre les notables des deux communautés. Un dialogue qui a fini également par aboutir en 2010 à la charte de Berriane laquelle devait marquer le règlement définitif et durable du conflit ayant entraîné des incidents dans cette région. A cette époque-là, Daho Ould Kablia, l’ancien ministre de l’intérieur a parlé d’un «grand pas pour l´ancrage de la réconciliation et de la culture de coexistence pacifique».

… à la recrudescence de la violence

Aujourd’hui, ces mots ont, semble-t-il, perdu à nouveau tout leur sens au regard des dernières violences qui ont replongé toute cette région, ô combien riche en potentialités de développement, dans la division et la « fitna ». Malheureusement, nous avons longtemps réduit les tensions à Ghardaïa à des problèmes communautaires. Ce qui n’est guère le cas. A Ghardaïa, le développement urbanistique anarchique a complétement défiguré la vallée du M’zab. Les palmeraies qui assuraient naguère de l’emploi et des revenus aux habitants commencent à disparaître. L’Etat s’est distingué par un laisser-aller terrifiant face à cette situation. La croissance démographique de la ville, la sédentarisation dans cette ville de plusieurs populations nomades, le manque des équipements publics, l’émigration clandestine sub-saharienne, le chômage massif qui a commencé à ravager la jeune locale, tous ces problèmes ont vite dépassé les capacités de gouvernance de l’Etat algérien et notamment des autorités locales où les différents Walis nommés dans cette région n’ont nullement brillé par leurs compétences.

En 2013, Ghardaïa, la ville la plus importante du sud algérien, fait les frais d’une politique de développement défaillante. Une politique locale qui a eu du mal à bien exploiter la diversité religieuse et culturelle de cette région enchanteresse. Et par conséquence, les frustrations alimentées par l’ignorance et l’incompréhension ont donné naissance à un foyer d’incendie dont on ne sait toujours pas comment l’éteindre. Pour preuve, depuis mardi dernier, les affrontements ont repris entre des groupes de jeunes des quartiers de Souk et Hay El Moudjahidine du centre de Ghardaïa. Des affrontements qui se sont sont étendus ensuite à d’autres quartiers de la ville. Jusqu’à cette heure-ci, huit magasins, situés au quartier de Theniet El-Makhzen et au centre ville de Ghardaïa, ont été complètement ravagés par des incendies déclenchés par des jeunes non identifiés mercredi, déplore-t-on au niveau des autorités locales.

Et si le matin un calme précaire rassure un peu la ville, au cours de la nuit, les deux communautés renouent avec les affrontements sporadiques. C’est à chaque fois la même constat : des groupes de jeunes munis de pierres et de cocktails Molotov ‘affrontent aux cris de guerre et de haine. Face à cette situation, l’Etat montre ses muscles : plus de deux mille policiers sont déployés dans les rues de la ville. Prés de 1.000 gendarmes sont également mobilisés. Les autorités locales envisagent même d’instaurer un couvre-feu pour reprendre le contrôle de la ville. Mais cela n’apaise pas pour autant les peurs des habitants qui commencent à fuir leur ville en attendant une accalmie. Plus de 100 familles ont quitté leurs domiciles, nous ont indiqué des sources locales. Des sources hospitalières ont confié enfin que ces violences ont fait d’ores et déjà plus de 100 blessés parmi lesquels 4 personnes et un policier se retrouvent dans un état inquiétant. On l’aura donc compris : on éteint le feu de la « fitna » avec un simple déploiement policier. Il faut beaucoup plus que cela. Il faut surtout toute une politique de développement et une gouvernance fondée sur la justice sociale et la droiture pour réconcilier les habitants de la région avec l’espoir d’une vie meilleure. Un espoir qui leur permettra de dépasser les ancestrales divisions tribales…

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