Lu sur Fait-Religieux

Au Pakistan, la cour fédérale pour la charia a recommandé dans un avis que le « crime de blasphème » soit désormais passible de la peine de mort et non plus seulement de la prison à perpétuité. Une décision qui a déclenché les inquiétudes des minorités religieuses – notamment chrétiennes – et des ONG de défense des droits de l’Homme, dans ce pays à 97% musulman où l’accusation de blasphème sert souvent de prétexte à des conflits personnels et peut dégénérer en lynchage.

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Parfois, la simple accusation de blasphème, par un voisin par exemple, peut valoir des menaces de mort, un assassinat voire un lynchage collectif. Ce qui est arrivé en juillet 2012 à un homme, handicapé mental, accusé d’avoir déchiré des pages du Coran. Battu à mort par une foule en colère avant d’être brûlé. A l’heure actuelle, de nombreux chrétiens convaincus ou simplement accusés de blasphème attendent leur jugement en prison. C’est notamment le cas d’Asia Bibi, la première femme chrétienne à avoir été condamné à mort pour blasphème après son arrestation en 2009. Aujourd’hui encore, cette jeune paysanne originaire du Pendjab, dans le nord du pays, attend toujours son procès en appel. En 2010, un pasteur protestant, Rashid Emmanuel et son frère Sajid, tous deux accusés de blasphème, avaient été tués par balle en sortant du tribunal. Pas plus tard que le mois dernier, un autre chrétien pakistanais accusé de blasphème, Adnan Masih, a préféré se rendre aux autorités après avoir reçu des menaces de mort. Des personnalités éminentes qui ont fait de la dénonciation de la loi anti-blasphème leur priorité l’ont payé très cher, de leur vie parfois. En janvier 2011, le gouverneur du Pendjab, Salman Taseer, était assassiné par un de ses gardes du corps pour cette raison. Deux mois plus tard, c’était au tour du ministre des minorités religieuses, le catholique Shahbaz Bhatti, de subir le même sort.

D’après l’ONG Release International, qui défend les chrétiens persécutés, la cour fédérale pour la charia souhaiterait que son avis soit traduit en loi le plus vite possible, « d’ici quelques mois ». Ce qui effacerait pour tous ceux qui sont actuellement dans le couloir de la mort la possibilité de voir leur affaire rejugée en appel. D’après la Constitution, la cour fédérale de la charia a la compétence de décider si une loi est en accord avec la charia – la loi islamique. Si jamais la cour fédérale estime qu’une législation viole ses principes, le président pakistanais doit « amender la loi » pour qu’elle correspondante « aux commandements de l’islam ». Pour Colin King, directeur de la branche britannique de Release International,« des extrémistes pourraient interpréter cette décision de la cour comme un encouragement supplémentaire à attaquer tous ceux dont les cas ne sont même pas allés devant les tribunaux ».

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