Lu sur Le Soir d’Algérie

On n’entend plus depuis un bon moment Amar Saâdani, le secrétaire général du FLN, entonner sa sérénade autour d’un quatrième mandat pour Bouteflika. Lui aurait-on signifié de marquer un break afin que sa surenchère excessive ne gêne pas la précampagne électorale menée avec méthode par le Premier ministre ou alors se plaît-il dans son escapade parisienne qu’il y prolonge son séjour ?

Amar Saâdani fut la personnalité partisane la plus bavarde, la plus excitée à réclamer un autre mandat pour le Président sortant, Abdelaziz Bouteflika. Au point de réussir à faire croire que sa cooptation à la tête du FLN obéissait à cette lettre de mission : être le précurseur de la campagne électorale d’un Bouteflika dont la candidature paraissait alors incertaine du fait de sa maladie et de sa longue convalescence. Il faut admettre qu’il fut hargneux et particulièrement besogneux, en dépit de sa position contestée au sein du parti.

Frénétique, il se permit même une collision frontale avec le Premier ministre Abdelmalek Sellal, également préposé à la campagne électorale de Bouteflika dont il est lui aussi proche. Les deux hommes se sont laissés aller à des diatribes publiques qui fixaient l’image d’un grand cafouillis au sommet de l’Etat, ou du moins au sein du cercle proche de Bouteflika.

Amar Saâdani, qui ne semblait pas craindre une admonestation de la part du chef de l’Etat, avait la querelle à fleur de peau et passa outre la réplique d’un Sellal qui, un jour, crut bon de le recarder. «Tu es un technocrate, la politique, ça ne te connaît pas», s’était-il énervé à l’encontre de Sellal.

Saâdani avait besoin de tenir la dragée haute au Premier ministre, car, au-delà de la rivalité entre deux prétendants à faire la courte échelle à Bouteflika, il devait se montrer suffisamment blindé pour faire face à l’adversité. Et celle interne au parti n’était pas des moindres. Nouvellement coopté pour driver le FLN, il devait faire preuve de pugnacité mais aussi d’aptitude à étrenner le parti dans un moment de turbulences graves.

Et, pour ce faire, quel meilleur thème à chevaucher que la réclamation d’un autre mandat pour Bouteflika, un thème difficilement contestable, du moins publiquement, par ses adversaires. Amar Saâdani a d’ailleurs tellement insisté sur la candidature de Bouteflika qu’il réussit à en faire un axe de débat politique, éclipsant presque le conflit organique qui minait le FLN. Il maintiendra sa harangue jusqu’à la réunion du Comité central et la validation du bureau politique. Un examen organique réussi que confortera par la suite la décision par laquelle le Conseil d’Etat a débouté les contestataires. D’ailleurs, le silence d’Amar Saâdani, auparavant particulièrement disert, est intervenu juste après cette décision de la justice. Il a, avait-on dit, pris quelques jours de vacances dans la capitale française. Cependant, les vacances ont dû prendre fin et Saâdani reste éclipsé. C’est à supposer qu’on lui aurait dicté le divertissement électoral au Premier ministre qui promène son bâton de pèlerin dans les wilayas et mener campagne autour du bilan de Bouteflika. Et Saâdani fait montre de discipline. Cependant, il ne chômera pas, puisqu’au sein du FLN, les équilibres restent toujours précaires. L’ancien secrétaire général du parti, Abdelaziz Belkhadem, lui reproche, dans une interview à El Bilad, d’avoir garni le bureau politique par d’anciens partisans de Benflis, dénonçant une répartition inéquitable.

«Les hommes connus comme proches du Président ne sont pas au bureau politique», a accusé Belkhadem, comme pour dire que Saâdani ruse ou qu’il est indigne de la confiance de Bouteflika. Son silence cache-t-il une bisbille entre lui et ses parrains du cercle proche du Président ?