Lu sur Jeune Afrique

Dans la zone industrielle d’Aïn Romana, les usines de SIM tournent vingt-­quatre heures sur vingt-quatre pour produire pâtes alimentaires et semoules. Reportage au coeur d’un empire en expansion.

Nous sommes au pied de l’Atlas blidéen, à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest d’Alger. Dans la zone industrielle d’Aïn Romana, la présence de la Semoulerie industrielle de la Mitidja est imposante. Le long de la route sinueuse qui mène au bâtiment principal abritant les bureaux des cadres et des dirigeants, plusieurs édifices arborent avec une certaine fierté les trois lettres – jaunes sur fond bleu – qui résument le groupe agro-industriel : S-I-M. Après un passage obligatoire au poste de sécurité où les gardes guettent le moindre intrus, l’autorisation est accordée à Jeune Afrique de pénétrer sur le site.

Aujourd’hui numéro un algérien de la production de pâtes alimentaires et de couscous, le groupe SIM est né sous la forme d’une simple société à responsabilité limitée en 1990. « Au départ, nous étions 37 entrepreneurs dans cette zone, se souvient Abdelkader Taïeb Ezzraïmi, son fondateur et PDG. Mais les événements terroristes de la décennie noire ont fait fuir tout le monde. Je suis le seul à être resté, car je ne pouvais pas déplacer mon moulin et j’avais un crédit trop important à rembourser. » Composé de cinq filiales actives dans différents secteurs (meunerie, pâtes alimentaires, boissons, conserves, santé, construction…), SIM emploie plus de 4 700 personnes et a réalisé un chiffre d’affaires de 250 millions d’euros en 2012 (+ 10 % sur un an).

Vacarme

Les huit usines du groupe tournent vingt-quatre heures sur vingt-quatre pendant toute l’année – sauf lors de l’entretien annuel des machines. Dans l’une d’elles, que nous avons pu visiter, l’odeur de blé est saisissante, le vacarme des machines dernier cri est assourdissant et la cadence des lignes produisant d’un côté les pâtes et de l’autre le couscous est impressionnante. Au total, environ 700 tonnes de ces deux produits sortent quotidiennement des sites de SIM. Une partie du blé est fournie par l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), un organisme étatique (le blé est fortement subventionné par l’État), tandis que l’autre est importée.

« Ici, la production est totalement intégrée : du blé à l’emballage », précise un employé de l’usine. Le blé dur stocké dans les silos est automatiquement acheminé dans les moulins pour être transformé en semoule. Ensuite, un doseur réceptionne celle-ci pour la pétrir à l’aide d’un malaxeur. Après l’élimination de l’air, suivie du séchage à très haute température et du refroidissement, le produit est prêt pour le conditionnement automatique. « Avec un minimum d’interventions humaines, il n’y a pas de problème d’hygiène. Il faut moins d’une heure pour que la semoule passe de la transformation au conditionnement », poursuit notre employé.

Depuis l’année dernière, le groupe tente de se placer un peu plus en amont de la chaîne de production. Il a ainsi obtenu une concession pour l’exploitation d’une surface de 5 000 ha de terres arables destinées entre autres à la production de blé. Plus récemment, en octobre, il a signé un partenariat public-privé dans l’agriculture en prenant une participation de 66 % dans une ferme étatique de plus de 500 ha, à Aïn Defla (145 km au sud-ouest d’Alger). L’objectif est de sécuriser ses approvisionnements, notamment en tomates et en fruits.

Dans son coeur de métier traditionnel, les pâtes alimentaires et les semoules, SIM détient une part de près de 30 %. Jusqu’en 2000, la concurrence ne provenait que des moulins publics. Bien que les entreprises privées se soient développées en Algérie au cours de la dernière décennie, son statut de leader n’a jamais été remis en cause. Le groupe est toujours devant des acteurs tels que Metidji, Nedjma Semoule ou Mahbouba. « La concurrence n’a jamais été un problème et il y a de la place pour tout le monde, assure Abdelkader Taïeb Ezzraïmi. Chacun a son ancienneté, ses produits et sa spécialité. Dans notre domaine, nous sommes les meilleurs. »

Sûr de sa force, le patron projette d’augmenter ses capacités de production pour répondre à la forte demande algérienne. Pour ce faire, deux lignes supplémentaires de pâtes alimentaires ont été récemment installées à Aïn Romana. Un autre investissement de 670 millions de dinars (environ 6 millions d’euros) est en cours dans la zone industrielle d’Aïn Defla. Mais le véritable challenge du groupe SIM est d’augmenter ses revenus à l’exportation. En 2012, ceux-ci ne se sont élevés qu’à 3,5 millions d’euros, soit 1,4 % du chiffre d’affaires. Ils devraient plus que doubler pour atteindre 8,5 millions d’euros en 2013. Actuellement, le groupe exporte dans plus d’une vingtaine de pays : en Europe, en Afrique subsaharienne et même en Amérique.

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