Voila où accouchent les femmes au pays des petrodollars

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La dignité bafouée et l’âme humaine souillée, le secteur de la santé publique en Algérie bascule définitivement dans le registre des films d’horreur où les corps martyrisés par la douleur n’émeuvent que des spectateurs fragiles sentimentalement. A l’hôpital public de Constantine, le service maternité s’est transformé, apparemment, en cimetière ou en morgue, pour ne pas dire une décharge mortuaire, sans que les autorités ne daignent l’annoncer publiquement.

Sinon comment interpréter cette photo immonde prise par un citoyen horrifié par ce qu’il a vu devant lui dans un établissement où l’on est censé sauver des patients de la mort ? Aucune interprétation rationnelle n’est, en fait, possible face à un spectacle aussi tragique et dégoûtant. Une salle d’accouchement dans un tel état comme si ces femmes, ces Algériennes, nos sœurs, nos femmes, nos mères, n’étaient au final que des bêtes qui mettaient au monde des animaux. L’absence totale d’hygiène et la violation de toutes les normes sanitaires, y compris les plus élémentaires, s’apparente à un véritable crime commis par les responsables de cet hôpital en particulier, et par l’ensemble de nos autorités en charge de la gestion du secteur sanitaire.

Ni la négligence, ni l’irresponsabilité, ni la médiocrité ou la stupidité politique, ne peuvent justifier un tel « massacre ». En vérité, aucune raison valable, aucun argument, aucun motif, ne peut expliquer ou justifier qu’une salle d’accouchement, l’un des endroits certainement les plus délicats, les plus sensibles dans un établissement hospitalier, se retrouve aussi dégradée, aussi sale et aussi abandonnée au pourrissement. Pour beaucoup moins que ça, des ministres auraient été démis de leurs fonctions et des poursuites judiciaires auraient été entamées. Sous d’autres cieux, une telle image, une pareille photo, aurait-elle fait éclater un scandale ? au retentissement national.

Dans la vie, une simple image est plus éloquente que des milliers de mots. Oui, une simple image peut en dire plus sur la réalité, le désespoir et les lancinantes attentes de toute une société. Une photo prise par un citoyen révolté et indigné peut, à elle-seule, provoquer un débat national sur les dysfonctionnements de la gouvernance de tout un pays.

Dans les pays où le bon sens n’est pas déficitaire, les images parlent d’elles-mêmes. Lorsque ces images traduisent des scandales, qui mettent en péril l’être humain, dans ce qu’il a de plus cher et digne, les opinions publiques se mobilisent. Mais en Algérie, une simple image ne suffit pas encore pour  faire réagir les autorités ou à sensibiliser la société civile. Certes, une image aussi cruelle que celle de la salle d’accouchement de cet hôpital public à Constantine a révulsé les cœurs des Algériens. Elle les a indignée, les a révoltée, mais elle ne les unit pas pour autant dans un processus national de « conscientisation ». Et pourtant, ce processus est plus que vital si l’on veut sauver ce qu’il nous reste comme valeurs morales dans notre société. Et tant que ce processus ne verra pas le jour, des images aussi horribles que celle de cette salle d’accouchement à Constantine continueront à inonder notre subconscient meurtrie par notre indifférence.