A Alger et à Paris, des Algériens manifestent ce samedi en solidarité avec les habitants de la région de Ghardaïa, qui déverse chaque jour un peu plus dans la violence. Ils réclament « plus de tolérance » et des « sanctions » contre les fauteurs de trouble. Reportage.

« Nous ne sommes pas les Tutsis et les Hutus. L’Algérie c’est pas le Rwanda ! », lance sur un ton saccadé par la colère un homme, qui brandit une pancarte sur laquelle on peut lire « Nous sommes là et nous sommes encore debout ». Comme cet homme d’une quarantaine d’années, ils étaient une cinquantaine d’Algériens a répondre présent ce samedi matin, sur la place du 1er mai à Alger. L’appel à la mobilisation, lancée via le groupe Facebook « On est tous des Algériens », en solidarité avec les habitants de Ghardaïa, pris dans la spirale de la violence depuis plus de deux mois, avait pour mot d’ordre « l’unité nationale ». « Amazighophones, arabophones. Nous sommes tous des musulmans, tous des Algériens », affirme Idir, l’un des trois initiateurs de ce rassemblement. A ses côtés, Othmane Aouameur,  autre organisateur de l’évènement, explique : « C’est un appel à la paix et à la tolérance vis-à-vis de toutes les cultures et les traditions présentes en Algérie. Un rassemblement pacifique. Regardez, on n’a pas voulu crier, on juste a distribué des petites fleurs aux passants pour les interpeller et appeler à la paix ».

« Algériens dans nos différence et notre diversité »

A quelques pas d’eux, Salah, « fils de Beni Isguen » comme il se revendique, ne cache pas son amertume. « Je suis de Béni Isguen. Ma femme est arabe. Mon fils est marié à une Kabyle. Il faudrait que toute l’Algérie vive en harmonie à l’image de ma famille. Pourquoi effacer nos différentes cultures sous prétexte qu’il faut tout niveler au nom de l’unité nationale ? Nous sommes Algériens avant tout dans nos différences et notre diversité », dit-il.

Intervention de la police

POLICE 1ER MAI

Réuni à 11h du matin sur la place du 1er mai, les manifestants sont très vite dispersés par les forces de police. A peine ont-ils eu le temps de distribuer quelques fleurs, de montrer leurs affiches, plaidant pour l’unité nationale et de réclamer des mesures contre les belligérants. « Y en a marre, on a vécu la division pendant les années 1990, plus jamais ça ! Stop à la violence. Il faut punir les criminels et les policiers qui ne sont pas restés neutres durant les affrontements inter-communautaires », exige Othmane Aouameur, qui ne s’éternise pas sur le lieu de rassemblement, sous la pression des éléments de sécurité.

Des sanctions contre les fauteurs de troubles dans la région de Ghardaïa, ils sont effectivement nombreux au sein du groupe, qui a investi les marches du 1er Mai, à souhaiter en voir appliquées. « Je manifeste parce que je suis révolté que les autorités ne se saisissent pas vraiment de cette affaire. Encore aujourd’hui, je viens d’apprendre qu’il y a eu deux morts de plus. Et les coupables sont en fuite. Pourquoi n’y a-t-il encore eu aucune arrestation ? », interroge Sliman, originaire de Béni Isguen. « Nous voulons des sanctions contre ceux qui sèment la zizanie », soutient-il. « Il faut mettre un terme à l’impunité », tranche encore Othmane Aouameur.

Stop à la violence, stop à l’impunité

Rappelons toutefois que 146 personnes ont été arrêtées dans le cadre des incidents de novembre ; 16 d’entre elles ont été placées sous mandats de dépôt, 18 sous contrôle judiciaire et 112 ont bénéficié d’une citation à comparaître. Et le dispositif de sécurité a été renforcé en janvier : un contingent de plus de 2.500 policiers anti-émeutes ainsi que que 3.000 gendarmes ont été dépêchés dans la région, qui sombre à nouveau dans la violence depuis une semaine. On avait cru à une accalmie après les affrontements de novembre dernier, notamment suite à la visite du Premier ministre, Abdelamek Sellal, à la mi-janvier. Il n’en est rien. A ce jour, deux personnes ont perdu la vie à Ghardaïa à cause des émeutes mettant aux prises les arabes et les mozabites.

Lorsqu’on évoque la théorie de la main de l’étranger, développée par certains, dont la candidate à la présidentielle Louisa Hanoune, Salah répond qu’il n’y croit pas un seul instant. « On accuse l’étranger quand on ne veut pas régler ses propres problèmes. Ce n’est pas la main de l’étranger mais la main du diable et elle est bien ici en Algérie. Ce n’était pas la faute des étrangers le terrorisme durant la décennie noire A Ghardaïa non plus », estime ce père de famille, originaire de Béni Isguen. « Le pouvoir en place ne donne pas l’impression de vouloir régler la situation à Ghardaïa. Ca l’arrange en vue de l’élection présidentielle et d’une probable quatrième candidature de Bouteflika d’avoir cette menace. Comme ça le régime en place peut facilement légitimer sa position et son maintien au pouvoir », soupçonne-t-il.

Aujourd’hui, Salah se soucie pour ses proches, qui vivent toujours à Béni Isguen. « Ma mère est une vieille femme, elle a peur. Elle me dit que les policiers laissent faire », s’inquiète-t-il.

A Paris

Il n’y a pas qu’à Alger que l’inquiétude gagne du terrain. La diaspora mozabite se mobilise également. Ainsi, le collectif des Amazighs de France appelle à un « Rassemblement de dénonciation » devant l’ambassade de l’Algérie à Paris ce samedi après-midi. Il est soutenu par le collectif Solidarité M’Zab, qui appelle à rejoindre ce rassemblement.