Comme un certain janvier 2011, les prix des produits alimentaires flambent de manière spectaculaire en Algérie. Sans le moindre indice annonciateur, les Algériens découvrent dès les premiers jours de cette nouvelle année 2014 que les légumes et fruits les plus ordinaires sont devenus en l’espace de quelques jours de véritables aliments exotiques par leurs prix excessifs et exorbitants. 

Oui, la courgette, les petits pois et les artichauts sont devenus des produits de luxe en Algérie à l’image des parfums ou des chocolats haut de gamme. Non, ce n’est ni une blague ni un canular. C’est bel et bien la réalité extravagante à laquelle font face nos compatriotes dans les marchés, ces lieux de commerce où le racket bat son plein. Faire ses courses dans notre pays est une activité qui s’est, ainsi, transformée en une mésaventure. Le cardiaque est lâché par son coeur, le diabétique et les hypertendus, leur tension artérielle explose, et le myope peut tout simplement perdre définitivement sa vue. Les prix ont augmenté au point où l’on se demande si ce sont réellement des légumes qui sont mis en vente ou des objets de décoration prisés par les collectionneurs et les antiquaires.

Un kilo de courgette à 240 Da et un kilo de petits pois à 300 Da ! Ces produits alimentaires ont augmenté de plus de 100 % Comment est-ce possible ? Aucune argumentation économiquement fiable et logique ne peut expliquer le bien-fondé de cette envolée des prix. Envolée est même un mot faible et insignifiant face à ce qui se passe dans nos marchés. En ce moment, il suffit de quelques ardoises  accrochées sur les étals pour procurer au citoyen algérien un choc émotionnel puissant. Une promenade dans nos marchés de proximité peut conduire le simple mortel tout droit vers les services des urgences tellement le boulevement émotionnel est fatal. Il n’y, à vrai dire, plus de commerce dans notre pays. Car le commerce a ses lois, son éthique, son organisation et, surtout, sa logique. Quand des simples légumes se hissent à la catégorie des produits de prestige, il n’y a plus aucune logique comemrciale. Il s’agit bel et bien d’une manipulation ordurière des prix qui cache des visées politiques.

L’Algérie souffrait depuis longtemps de la désorganisation du marché, du diktat des intermédiaires et de la mauvaise distribution des produits agricoles. Mais jamais, au grand jamais, les prix n’ont atteint un seuil aussi effrayant. Ce n’est plus du commerce que l’on pratique, mais des demandes de rançons que veulent imposer les spéculateurs aux Algériens. Des spéculateurs qui échappent à tout contrôle, tout pouvoir. Ils sont eux-mêmes ce pouvoir de l’ombre qui décide, fait et défait le destin du pays. Voler et dépouiller l’Algérien, lequel n’a pour refuge que sa colère et son esprit émeutier, la voila la première intention de ces spéculateurs qui bénéficient d’une insupportable impunité.

Ces spéculateurs sont si talentueux  qu’ils ont réussi l’incroyable pari de faire de la courgette un véritable cadeau romantique. Plus besoin mainenant d’offrir à sa bien-aimée un bouquet de fleurs. Et pour cause, un bouquet de courgette vaut beaucoup plus et son prestige dégage une indescriptible connotation sentimentale. « Oui, chéri, je veux un bouquet de courgette », au rythme où vont les choses, et nos marchés, cette phrase fera fureur lors de la prochaine fête de la Saint-Valentin. Et ce n’est pas notre ministère du Commerce, entièrement déconnecté de la réalité du terrain,  qui est prêt à mettre fin à cette désolante mascarade.