Haddouche

 

Hassan Haddouche

 

 

 

Après 18 mois de gouvernement Sellal, les limites de la volonté ou de la capacité réformatrice du nouvel exécutif se précisent.

Les chantiers ouverts n’ont pourtant pas manqué depuis sa formation en septembre 2012. Conduit par un premier ministre omniprésent sur le terrain, le gouvernement a voulu s’attaquer, dans l’ordre, à la réhabilitation du service public, à la résorption du commerce informel ainsi qu’à la distribution des logements sociaux gelée depuis des mois. Dans la foulée, il annonçait que la nouvelle loi sur les hydrocarbures était « prête » et que les procédures concernant les investissements étrangers allaient être « allégées ». La liste n’est pas exhaustive.

A deux reprises, le gouvernement a réuni les partenaires sociaux pour leur proposer un « contrat de croissance ». Le premier ministre en a profité pour sommer d’abord les banques de mieux répondre aux attentes de la clientèle et a demandé à la Banque d’Algérie de s’en occuper. Pour faire bonne mesure, la tripartite d’octobre dernier s’est transformée en Etats généraux de l’industrie algérienne, associant l’ensemble des organisations patronales et syndicale ainsi que de nombreuses organisations de la société civile.

Une image pragmatique

Cet « activisme » du gouvernement Sellal a souligné d’abord, par contraste, l’immobilisme qui avait caractérisé l’action de l’exécutif algérien au cours des dernières années. Il a tenté de suggérer de façon explicite, et d’ailleurs médiatisée, à travers les nombreuses réunions programmées en présence des ministres et des wali, de nombreux conseils interministériels sur des sujets brûlants et les réunions programmées avec les partenaires sociaux, une volonté de se rapprocher du terrain, de travailler vite et d’enregistrer rapidement des résultats concrets. Par tempérament ou par calcul politique, l’exécutif dirigé par Abdelmalek Sellal a tenté de forger une image de gestionnaire pragmatique et efficace. D’une façon générale, le gouvernement Sellal a affiché une plus grande proximité avec les opérateurs économiques et un souci du dialogue qui a été saluée  par les partenaires sociaux. Une méthode qui tranche agréablement avec les nombreuses décisions à l’emporte pièce des «  années Ouyahia » qui avaient plongé les observateurs algériens et étrangers dans la plus grande perplexité.

Pas de virage libéral

L’un des enjeux principaux des 18 mois écoulés consistait à déterminer si le gouvernement Sellal pourrait amorcer le virage qui ramènerait l’Algérie en gros à la fin de l’année 2008, en gommant progressivement les décisions controversées adoptées au cours des dernières années, notamment dans le champ économique. Le programme d’action du gouvernement annonçait par exemple que « dans le cadre de la législation en vigueur, les investissements direct étrangers (IDE) seraient encouragés et les procédures allégées ».

On ne s’attendait pas à une remise en cause pure et simple de la règle du 51/49 mais on espérait que le gouvernement s’oriente dans la direction préconisée par beaucoup de spécialistes et d’opérateurs économiques nationaux : adopter une réglementation plus souple et mieux adaptée aux spécificités de chaque secteur voire de chaque projet d’investissement. Rien de nouveau pour l’instant.

Espoirs déçus

La révision de la loi sur les hydrocarbures s’inscrivait dans la même problématique : assouplir et rendre plus attractive une réglementation qui a eu, au cours des dernières années, un effet répulsif sur le développement du partenariat international ainsi qu’en témoigne l’échec des derniers appels d’offre des autorités du secteur en matière d’attribution de nouveaux périmètres d’exploration. Dix-huit mois après la formation du gouvernement, on a appris hier par la bouche de M.Yousfi qu’un nouvel appel d’offre venait enfin d’être lancé dans le cadre de la loi révisée. Il permettra de tester la réaction des compagnies internationales un an après Tiguentourine. On jugera les résultats sur pièces.

Les états généraux de l’industrie devaient fournir également l’occasion d’aborder quelques uns des sujets qui fâchent. A commencer par le thème classique du financement des investissements des PME. Les organisations patronales constatent dans ce domaine quelques avancées, notamment à travers l’opération, saluée par elles, de rééchelonnement des dettes de plusieurs milliers d’entreprises privées. Elles continuent néanmoins de souligner que les moyens financiers importants mobilisés en faveur de la création de micro-entreprises depuis le début de l’année 2011, ne peuvent pas se substituer à une action déterminée en faveur du tissu des PME existantes.

Une fuite en avant dans le modèle rentier 

Plus généralement, les déclarations récentes du premier ministre, notamment depuis l’été 2013, ont campé  la posture d’une personnalité politique qui, se dit  attachée au caractère « social » du modèle de développement,  insiste sur la « stabilité » des institutions et continue de souligner l’ « excellence » de nos indicateurs et de nos performances économiques .Une attitude probablement dépourvue de cynisme et qui semble de bonne foi se nourrir de la conviction que les choix politiques effectués par les pouvoirs publics sont les bons mais restent encore insuffisamment relayés par les rouages de l’administration et par les opérateurs économiques. D’ou  l’insistance d’Abdelmalek Sellal sur le dialogue social et sa croisade incessante contre la bureaucratie. En réduisant pour l’essentiel le rôle du gouvernement à une fonction d’animation de l’administration, dans le cadre de ce qui s’apparente dans beaucoup de domaines à un approfondissement et une fuite en avant dans le modèle rentier, la démarche du gouvernement Sellal aura en même temps illustré l’absence de prise de conscience réelle au sein des cercles dirigeants algériens, de l’urgence et de la profondeur des réformes réclamées aujourd’hui par la plupart des économistes et des experts nationaux.

Hassan Haddouche