C’est finalement l’Algérie qui vient de prendre au Mali l’initiative diplomatique que la France aurait du susciter ces derniers mois, plutôt que de gérer les seuls aspects sécuritaire et militaire. Les principales forces représentatives des populations touareg et arabe du Nord  se retrouvent à Alger, ce jeudi 16 janvier, pour tenter de  dégager des solutions politiques. Il était temps!

Depuis l’échec des accords de Ouagadougou au mois de juin 2013 entre les autorités de Balako et le MNLA, la France n’a jamais voulu sortir de l’ambiguité, prise en étau entre son alliance traditionnelle avec les touaregs et son soutien au pouvoir élu de Bamako. La diplomatie française n’a pas réussi à réunir autour d’une table les différentes forces qui se déchirent au Mali. Au point de s’attirer aujourd’hui des reproches aussi bien du coté des population du Nord Mali que des élites politiques du Sud, le président IBK en tète (voir l’article en rubrique politique sur « la cote d’amour des Français au Mali n’est plus ce qu’elle était »).

Trop occupée à gérer l’interminable succession de Bouteflika, qui vient d’être hospitalisé à nouveau au Val de Grace à Paris, l’Algérie s’était montrée remarquablement discrète au Sahel ces derniers mois. Ce temps là est révolu. Alger reprend l’initiative sur son flanc sud. Cet activisme n’est pas une nouveauté. Déjà en 1991 puis en 2006 après les désordres qui avaient déja perturbé le Mali, les accords entre Bamako et les rébellions nordistes avaient été signés à Tamanrasset et à Alger. C’était l’époque où l’ancien président malien Amadou Toumani Touré déclarait: « Quand je parle du Nord du Mali, c’est comme si je parlais de l’Algérie ».

Des solides réseaux

Avant le déclenchement de l’opération Serval, l’Algérie avait fortement conseillé à la France de privilégier l’approche politique. Fascinés par les militaires, François Hollande et Laurent Fabius, en voyage officielle à Alger en décembre 2012, avaient prèté une oreille distraite à ces conseils avisés. Aujourd’hui, Alger a plusieurs atouts pour avancer sur la voie d’un accord entre les forces au Mali. Aussi bien à llUnion africaine qu’à l’ONU, les diplomates algériens sont toujours parvenus à être désignés, ces dernières années, sur les dossiers sahéliens. Alger dispose d’une véritable expertise.

Mais surtout, l’Algérie bénéficie de solides relais au sein des communautés de Touaregs ou d’Arabes qui peuplent le Nord du Mali. Ainsi Iyad Ag Ghali, le chef d’Ansar Eddine, le mouvement qui se crée, au début de 2012, pour occuper avec ses alliés d’Aqmi et du Mujao le nord du Mali, a toujours été au mieux avec les autorités algériennes. Lorsque les prises d’otage s’étaeint multipliées après 2003, cet ancien consul du Mali en Arabie Saoudite avait joué un role clé dans les contacts entre l’Algérie et les katihas djihadistes.

Lorsque le régime de Khadafi veut ouvrir un vaste consulat à Kidal, le fief des Touaregs, les Algérienns font en sorte que les libyens louent au prix fort une villa appartenant à Ag Ghali. De telles attentions créent des liens. Et lorsque le chef d’Ansar Eddine décide, le 8 janvier 2013, d’investir la ville de Konna, sur la route de Bamako, il est en liaison permanente avec les autorités algériennes, tout comme avec les représentants du Haut Conseil islamqiue de Bamako. Un véritable compromis politique avait été élaboré à l’époque pour mettre fin à l’imbroglio malien, et cela sous la houlette d’Alger. Les Français n’ont pas voulu en tenir compte, qui lancèrent alors leur opération militaire.

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